Le "New York Times" s'attaque à Ronan Farrow, star mondiale du journalisme, l'enquêteur qui a fait tomber Harvey Weinstein.

Ronan Farrow en février 2020
Ronan Farrow en février 2020 © Getty / David Crotty/Patrick McMullan

Tout est dans le titre : « Ronan Farrow est-il trop beau pour être vrai ? ». Une bombe à neutron journalistique. Preuve que nul n’est intouchable et que l’élite médiatique ne se tient pas par la barbichette. Ronan Farrow, 32 ans, gueule d’ange, son enquête publiée dans le « New Yorker », son prix Pulitzer, ses conclusions corroborées par les condamnations de Harvey Weinstein et, entre-temps, la naissance du #MeeToo qui a fait de lui un héros hyper populaire. 

Rappelons que le « New York Times » a lui aussi enquêté sur l’affaire Weinstein, parallèlement à Farrow, et a partagé son prix. Il faut donc un journal sacrément indépendant vis-à-vis de son camp pour chercher des noises à Ronan Farrow. Et il faut, pour mener cela à bien, un journaliste culotté et très libre vis-à-vis du média qui l’emploie.

Il s’appelle Ben Smith. Le type avait à peine signé son contrat au « New York Times » qu’il dégainait un papier assassin expliquant que le fabuleux succès de son prestigieux quotidien n’est pas une bonne nouvelle pour le journalisme – on le lit partout – mais une mauvaise, car le « New York Times » est devenu trop puissant. Il écrase le secteur… 

Et de toute sa puissance, que reproche-t-il à Ronan Farrow ?

De dramatiser des scandales qu’il a révélés, de ne pas avoir recoupé certains témoignages, ni étayé certaines affirmations. Le « New York Times » contre-enquête avec une minutie extrême. C’est intéressant parce que le journal n’invalide pas les conclusions de Ronan Farrow, mais ses procédés, ses mises en scène et sa tendance à voir partout des complots destinés à le faire taire… La chaine de télé NBC ainsi que Hillary Clinton auraient, selon Farrow, voulu étouffer des affaires. Toujours aucune preuve de cela, rétorque le « New York Times ». 

Et le quotidien de pointer un journalisme dit « de résistance » qui brille à l’ère Trump par la vivacité de ses investigations mais qui risque, parfois, la caricature en aboyant trop facilement avec les loups. Courageux d’écrire cela pour le « New York Times » qui aboie lui-même beaucoup. Courageux de soumettre à la critique une icône plébiscitée, Ronan Farrow. Courageux de nous obliger à un examen de conscience : quid de notre complaisance quand un propos va dans le « bon sens » ?

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