Patrick Le Lay, ancien PDG de TF1, est mort hier. Vous racontez un homme qui a hissé sa chaîne très haut et qui s’est, aussi, parfois trompé sur l’évolution de la télé.

Patrick Le Lay
Patrick Le Lay © AFP / FRANCOIS GUILLOT

L’histoire est surprenante. Deux grands patrons de TF1, deux hommes qui se succèdent aux commandes de la première chaine et qui meurent l’un après l’autre à un mois d’écart. Hervé Bourges, décédé en février, PDG de la Une alors qu’elle était encore publique. Puis, Patrick Le Lay, nommé en 1988, après la privatisation. 

Incroyable d’ailleurs, de l’entendre raconter cette période charnière de 1988. Les dirigeants de TF1 reconstruisant une télé que tous les animateurs avaient désertée pour se réfugier dans l’audiovisuel public. Ainsi naquirent des émissions improbables, le « télé-achat » de Pierre Bellemare, inspiré des Américains. Il fallait bien réinventer une grille de programmes avec les derniers hommes à bord. 

Décollage rocambolesque et aujourd’hui oublié. S’y est forgé un indissociable tandem à la tête de TF1, Patrick Le Lay, le boss, et son numéro 2, Etienne Mougeotte. Ensemble, ils ont fait de TF1 la chaîne la plus regardée d’Europe. 20 ans durant, TF1 a symbolisé la toute-puissance de la télé, surtout la toute-puissance des médias privés. 

Cette toute-puissance, Le Lay et Mougeotte l’ont voulu incarnée par des super stars de la télé et du 20 heures. Alors que leurs successeurs, au contraire, ont préféré des animateurs plus « profils bas », plus interchangeables, plus pro pour une antenne, aussi, plus sage et plus lisse. Le Lay et Mougeotte, eux, ont poussé loin les grandes gueules, les paillettes et le trash. 

Patrick Le Lay a aussi avancé ses pions dans le sport. Grande époque où la pub coulait à flot, où TF1 misait sur la Formule 1 et la Ligue des Champions, où son bouquet satellite, TPS, arrachait à Canal son monopole sur le championnat de foot français. 

Programmes, sports, info. Patrick Le Lay présidera à la création de la première chaîne d’information en continu de France, LCI, en 1994. Visionnaire. Lui qui, par la suite, accumulera les erreurs stratégiques. L’internationalisation de TF1 ? Il n’y crut pas, le groupe restera hexagonal. Le développement numérique de TF1 ? Il n’y crut pas. Et prendra un certain retard. La TNT ? Il n’y crut pas. Sa précieuse LCI restera enfermée des années sur un segment payant pendant que I Télé et BFM se goinfraient d’audience en version gratuite. 

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