Le nouveau régime algérien, présidé par Abdelmajid Tebboune, envoie encore un patron de presse en prison.

Abdelmadjid Tebboune, président algérien
Abdelmadjid Tebboune, président algérien © Getty / Farouk Batiche/picture alliance

Pour cinq années, cette fois-ci, peine d’une sévérité sans précédent. Et c’est un ponte qui tombe, un homme extrêmement puissant sous le règne du président Bouteflika. Il se fait appeler Anis Rahmani, c’est un pseudo. Il est le patron de la chaine Ennahar TV, populaire et très regardée. A travers cette sentence, les militaires réaffirment leur pouvoir en Algérie et purgent les hommes de l’ancien régime.

En effet, Anis Rahmani croule littéralement sous les procès en diffamation et les enquêtes pour corruption, mais s’attaquer à un colonel des services de renseignement a provoqué sa chute. L’un des journalistes d’Ennahar TV avait écrit sur une affaire militaire, puis avait été arrêté. Pour protéger son journaliste, le patron de la chaine avait secrètement enregistré une conversation téléphonique avec le colonel en question et l’avait diffusée.  

Si les autorités font preuve d’un éclatant acharnement à son encontre, Anis Rahmani est tout sauf un symbole de la liberté d’informer en Algérie. Au contraire, son groupe, Ennahar TV, passe pour avoir été le bras médiatique de Bouteflika et de son projet de cinquième mandat. La rue n’en a pas voulu, scandant autant que le nom du président celui de la télé privée suppôt de ce régime révolu.

Ennahar TV, qui caracole régulièrement en tête des audiences, est née en 2012, lorsque le paysage audiovisuel algérien se libéralise quelque peu. Ouverture qui profite à une poignée d’hommes d’affaires proches du pouvoir. Résultat : bien que supposée représenter une alternative à la télévision publique aux ordres, Ennahar TV a souvent été accusée de partialité encore plus effarante. Anis Rahmani, qui fut un temps dans l’opposition avant de rallier Bouteflika, n’a – cette fois - pas su naviguer avec le changement de président.

Le nouveau chef de l’Etat, décidément impitoyable avec la presse, règle en effet ses comptes. D’un côté, il fait taire les piliers de l’ancien régime, de l’autre, il étouffe les manifestations du Hirak et ses nouvelles voix. Je vous rappelle que la mobilisation est toujours en cours pour faire sortir de prison Khaled Drareni, fondateur d’un site d’info et militant, incarcéré pour deux ans, au terme d’une mascarade de justice.

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