La nouvelle émission de la chaîne "Viceland", dans laquelle les animateurs fument et cuisinent du cannabis, vient questionner les limites des attributions du CSA.

Il n'est pas question dans cette émission de "revisiter" la tarte au citron ni de faire du gourmand - croquant. Non, là on cuisine avec du cannabis. Bienvenue chez High et fines herbes, génie du jeu de mot ! "High", que l’on peut traduire par « défoncé ». 

Une émission qui a démarré sur Internet, et dont la saison 2 est diffusée depuis cette semaine à la télé, sur Viceland France, une chaîne payante du bouquet CanalSat, accessible à six millions de foyers. Ce sont deux rappeurs belges, Caballero et Jean Jass, qui donnent dans la dégustation. 

Mais que fait le CSA ?

Un poulet au citron et à l’huile de cannabis, par exemple. Voilà qui interroge, à nouveau, sur les attributions du CSA. Car le Conseil Supérieur de l’Audiovisuel aurait pu sévir contre Viceland si cette chaîne était sur la TNT. Mais elle émet depuis le Royaume-Uni et n’a donc de compte à rendre qu’à l’OFCOM, autorité équivalente outre-Manche.

Or cette dernière est plus souple avec les émissions diffusées le soir après 22h, m’a expliqué le patron de Viceland : on a le droit de parler de cannabis de façon « plus détendue ». Et de préciser qu’High et fines herbes est une émission de déconne, un programme décalé qui s’adresse aux jeunes de 15 à 30 ans, et que le propos n’est absolument pas d'en faire l’apologie. D’ailleurs, la chaîne prend soin de diffuser un message d’avertissement avant l’émission et pendant la coupure pub. 

Va-t-on donner au Sages la responsabilité de surveiller tout ce qui est diffusé sur Internet ?

On peut répondre que c’est une façon de banaliser le cannabis, d’en faire un produit cool. Mais finalement peu importe ! Car des programmes de ce genre, il y en a plein le web. Un seul exemple : Konbini, le site d’info et divertissement, avec son interview Sandwich… dans laquelle une personnalité raconte ses meilleurs souvenirs de fumette en remplaçant le mot « joint » par « sandwich ». 

L’audiovisuel est aujourd’hui complètement immergé dans le numérique : on passe de la télé au web et du web à la télé. L'idée d'élargir les compétences du CSA au web n'est pas neuve, Emmanuel Macron y a souscrit récemment. Mais va-t-on donner au Sages la responsabilité de surveiller tout ce qui est diffusé sur Internet ? 

Un cadre juridique européen harmonisé ne serait-il pas indispensable pour se confronter aux géants américains ?

Le Parisien nous apprend que le CSA s'est autosaisi, et a pris contact avec son homologue britannique pour voir s’il est possible de sévir contre cette émission de cuisine enfumée. Viceland me signale n'avoir aucune nouvelle ni du CSA ni de l’OFCOM, pour l'instant.

Et quelque chose me dit que la chaîne est ravie de cette polémique qui est surtout un joli coup de pub. Comme Monsieur Poulpe avec ses « recettes pompettes », une émission de cuisine très alcoolisée, qui avait défrayé la chronique il y a quelques mois. Sauf que c’était sur Internet. Sauf que le cannabis est interdit en France, contrairement à l’alcool. Mais Viceland le jure : on ne prend pas position dans le débat sur la dépénalisation du cannabis. Cela s'appelle se cacher derrière son petit doigt.  

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Caballero et JeanJass proposent à la TV des recettes à base de cannabis. Mais que fait le CSA ? © Getty / Matthew Roharik
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