Karl Lagerfeld, directeur artistique de la maison Chanel, est mort hier. Il s’était forgé un uniforme médiatique.

Karl Lagerfeld
Karl Lagerfeld © AFP / John MACDOUGALL

Et il avait travaillé à cela. Catogan poudré, larges lunettes noires, éventail. Immédiatement reconnaissable. Une signature visuelle mondialisée qui se passe de mot et de nom. La présence d’un objectif ou d’une caméra suffisait à camper le personnage et son imaginaire.  

En 2000, Karl Lagerfeld, chez Chanel depuis déjà vingt ans, maigrit, il maigrit beaucoup même. Et se plait à jouer avec nouveau corps. Dès lors, il façonne un personnage dont il enrichit la panoplie : haut col blanc, mitaines de cuir, bagues. Un langage, certes, une armure médiatique aussi, qu’il enfile lors de ses apparitions en public. Défait de ses atours, Karl Lagerfeld demeurera jusqu’au bout un homme secret dont on sait peu de choses et dont on ne voit jamais rien. Ce qu’il offre au regard, c’est toujours ce même protagoniste construit de toutes pièces. 

En cela, il n’est pas l’héritier de Coco Chanel. Ce que Mademoiselle s’imposait et imposait à travers son image, c’était l’allure. Lagerfeld héritier d’Andy Warhol, alors ? Pourquoi pas. Très conscient des leviers de la communication et de la consommation, le couturier rêvait sa propre silhouette plus célèbre que celle d’une bouteille de Coca-Cola. Karl Lagerfeld était, en fait, son propre logo. En cela, il fut précurseur d’une société où la personne est devenue une marque. 

Seul un Jean-Paul Gaultier, peut-être, avec une énergie, un humour et spontanéité qui n’appartiennent qu’à lui, aura poussé aussi loin, dans l’univers de la mode cette capacité du couturier à faire de son uniforme médiatique (chez Gauthier le kilt et la marinière) un autographe et un produit dérivé. Le torse rayé de Gaultier s’est mué en bouteille de parfum. Karl Lagerfeld tout entier s’est décliné en poupée et en porte-clés. 

La crinière rousse de Sonia Rykiel comme la blondeur peroxydée de Donatella Versace ont imprimé des décennies de papier glacé. Mais nul ne s’est pensé, ne s’est figé ainsi, corps et habits de manière aussi catégorique et obsessionnelle que Karl Lagerfeld. Il ne se paraît pas pour les médias. Il était son média. Et il le restera. 

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