Et si la presse locale de Guadeloupe, de Martinique et de Guyane était finalement sauvée ? Le groupe « France Antilles » a été placé en liquidation judiciaire fin janvier. Mais on apprend que Xavier Niel pourrait finalement le racheter.

Un homme tient un numéro du journal régional "France-Antilles", janvier 2020, Pointe-à-Pitre, Guadeloupe
Un homme tient un numéro du journal régional "France-Antilles", janvier 2020, Pointe-à-Pitre, Guadeloupe © AFP / CEDRIK-ISHAM CALVADOS

Il faut mesurer à quel point ce retournement de situation était inattendu, à quel point les 235 salariés de France Antilles sont sonnés. Il y a trois semaines à peine, leur journal était mort et presque enterré. « C’est fini » : voilà ce qu’on pouvait lire le 1er février, en majuscules sur fond noir, à la une de l’édition guadeloupéenne du journal. La Martinique, la Guadeloupe et la Guyane devenaient les seuls départements français sans presse locale. Les éventuels repreneurs avaient eu le temps de se manifester depuis l’été dernier, depuis le redressement judiciaire, et puis fermez le ban : liquidation. Et voilà qu’après le clap de fin, Xavier Niel, co-actionnaire du journal Le Monde, sort de son chapeau. Les journalistes de France Antilles se pincent pour y croire. Le tribunal de commerce de Fort-de-France a été saisi en urgence :  France Antilles est autorisé à prolonger son activité jusqu’au 10 mars, pour laisser le temps à Xavier Niel de faire son offre de reprise. 

Mais pourquoi l’homme d’affaire s’intéresse-t-il à ce journal en grande difficulté financière ? C’est toute la question ! Bien malin qui pourrait y répondre avec certitude. Peut-être le patron de Free a-t-il à cœur l’accès à l’information de ses concitoyens d’outre-mer ? Allez savoir... Y aurait-il une histoire d’antenne là-derrière ? Rappelons que les télécoms sont un marché régulé, et qu’il est important de pouvoir parler avec les autorités locales, notamment en leur offrant de la place dans la presse locale. Eternel jeu d’influence... 

Mais on peut aussi formuler une hypothèse Hersant. Car le groupe France Antilles est un symbole de cet ancien empire de presse. Il a été sous la coupe de Robert Hersant dans les années 70, puis de Philippe Hersant, son fils, dans les années 2000 et ensuite de sa petite-fille, Aude Jacques-Ruettard. Et si c’était cet héritage-là qui intéressait Xavier Niel ? Une prise de guerre, comme pour montrer qu’il peut être, lui aussi, un papivore (c’était le surnom de Robert Hersant). Après tout, Xavier Niel vient de racheter Nice-Matin, qui était aussi dans le panier du magnat de la presse française mort en 1996. Certes, Robert Hersant vouait une véritable passion aux journaux, ce n’est vraisemblablement pas le cas du fondateur de Free. Certes, les profils des deux hommes sont très différents. Ils sont chacun les reflets de leur époque, et les temps ont bien changé. Mais les symboles, souvent, prennent une place étonnante dans la vie des affaires.

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