Une blague douteuse et des excuses publiques nous ont fait découvrir un très vieux journal américain.

Le Harvard Lampoon a publié un montage photo en noir et blanc : la tête d’Anne Franck posée sur le corps d’une bimbo à gros seins en bikini. Titre : « Partie avant l’heure ». Sous-titre : « Ce à quoi elle aurait ressemblé si elle n’était pas morte ». Légende du visuel : « Ajoutez ceci à la liste des raisons qui font que l’Holocauste, ça craint ». 

Inutile de vous préciser combien cet empilement de vannes a pu choquer. Or, malgré le tout petit tirage de la publication, même le New York Times a consacré un papier aux excuses présentées par le Harvard Lampoon. Car il ne s’agit pas d’un titre extrémiste, antisémite ou révisionniste. Mais d’un  vénérable périodique satirique. 

Le Harvard Lampoon, littéralement « Pamphlet de Harvard », a été fondé en 1876 par les étudiants de l’université. Il est toujours hébergé dans une célèbre tourelle en briques, reconnaissable par sa porte de bois aux motifs jaunes et son oiseau en fonte planté au sommet de sa coupole. Le Harvard Lampoon est fameux pour ses saynètes aux dialogues absurdes. Pour ses pastiches de grands magazines ou de best-sellers (comme le Seigneur des anneaux) mais aussi pour ses attaques éternelles et fallacieuses de l’autre journal de Harvard, un quotidien prestigieux, encore publié à Cambridge, et lui aussi créé par des étudiants à la fin du XIXe siècle, le Harvard Crimson. On dit, d’ailleurs, que le Crimson, pour se venger, déroba, après-guerre, l’oiseau perché sur le toit du Lampoon et le revendit à un diplomate russe. Ornement aujourd’hui restitué. 

Revenons à la satire. Le Harvard Lampoon n’est pas le premier des canards satiriques universitaires. Le campus de Yale a créé le sien en 1872. Or, Yale et Harvard eurent le même modèle, Punch, un incroyable illustré anglais né en 1841. Punch, dont la promesse était London charivari. Pourquoi ? Parce que Punch rendait hommage à notre Charivari à nous, celui de Charles Philipon, paru sous la Monarchie de juillet. 

Voilà comment une très mauvaise blague nous fait découvrir en Amérique les héritiers toujours actifs d’une presse française quasi bi-centenaire et pionnière.   

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