Le premier ministre polonais a obtenu de Netflix une modification dans l’un de ses documentaires, "Le Procès d'un bourreau".

"The Devil next door", série documentaire Netflix
"The Devil next door", série documentaire Netflix © Netflix

C’est dire l’audience mondiale de Netflix, c’est dire son pouvoir d’influence. Au point de faire réagir un Premier Ministre qui défend l’image de son pays. Que dis-je. Qui en défend l’Histoire.

La série documentaire américaine en question s’intitule « The Devil next door », traduit en français par « Le Procès d’un bourreau ». Cinq épisodes que je vous recommande, spectaculaires, pédagogiques, glaçants. Un bon vieil immigré de l’Est, chrétien pratiquant, citoyen de Cleveland, extradé en Israël. Il fera face aux rescapés des camps de la mort dont il fut le gardien. Son surnom : « Ivan le terrible ». Images d’archives et témoignage à l’appui. 

Qu’est-ce qui cloche alors ? Une carte qui place ces camps dans l’actuelle Pologne. Inacceptable, pour le premier ministre. Cela laisserait croire que la Pologne est responsable de ces crimes alors que l’Etat polonais n’existait même plus.

De fait, Hitler et Staline signent en 1939 le pacte germano-soviétique dont une clause secrète induit le dépeçage de ce vaste pays. Hitler envahit la Pologne et nomme aussitôt un gouverneur général qui lui rend directement des comptes. Sa mission ? Dévorer le pays. Anéantir ses élites, piller ses ressources, chasser ses juifs. Le gouvernement polonais, lui, est en exil.

Le territoire qu’aurait dû cartographie Netflix dans son documentaire, est donc bien celui du IIIè Reich. Pas celui de la Pologne. Même le musée d’Auschwitz a produit un communiqué pour pointer l’erreur.

Épineux sujet à Varsovie. Les conservateurs au pouvoir s’avèrent chatouilleux sur cette question. Ils ont voulu une loi mémorielle concernant la Shoah qui suscita le débat dans le monde entier. Car si l’établissement et l’administration des camps étaient le fait des Nazis, la Pologne ne s’exemptera pas d’un antisémitisme séculaire et de la collaboration d’une partie de sa population. Cela dit, une carte reste une carte. Netflix ne peut restaurer, en Pologne, des frontières et une souveraineté alors piétinées par les Allemands.

Netflix a reconnu son imprécision. Et ce qu’elle induit, à savoir, une toute autre lecture de l’Histoire. Je reviens à mon point de départ. Qui façonne aujourd’hui nos imaginaires ? Qui s’est rendu maître d’un récit si global et si puissant qu’il contrecarre la volonté des Etats ? Netflix, 160 millions d’abonnés dans 190 pays.    

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