Sonia Devillers déplore ce matin l'utilisation unanime de l'expression "Les Parisiens", un poncif qui masque les disparités sociales criantes de la capitale.

Paris
Paris © Getty

Quel raccourci journalistique ! Médias nationaux et régionaux s’en donnent à qui mieux mieux. Et « Paris » qui s’est vidée et « les Parisiens » qui se sont précipités dans leurs résidences secondaires et, pont de l’Ascension oblige, « les Parisiens » qui louent « à tour de bras » des maisons en forêt de Fontainebleau. Ben voyons. Mais de quels Parisiens parle-t-on ? 

11% des Parisiens ont quitté la capitale pendant le confinement. Ca fait un paquet de gens, mais moins que les 89% d’habitants qui sont restés. Et dans des petits appartements. Car Paris ne compte qu’1% de maisons et les logements de la ville possèdent en moyenne deux pièces et demi. Paris, ville entassée. La densité y est de 21 000 habitants / km² . C’est plus que New York ou New Delhi. 

Je ne nie pas ce qu’ont vécu les Charentais, les Bretons, les Normands. Ils ont bien vu arriver des voitures immatriculées en Île-de-France. Ça a créé des tensions, et il est légitime que la presse locale s’en soit fait l’écho. Mais, encore une fois, de quels « Parisiens » parle-t-on ? La semaine dernière, les statistiques de l’Insee sur la concentration des très hauts revenus français à Paris ont fait, partout, les gros titres. Il fallait aller au-delà. S’apercevoir que les très riches constituent 23% du 7e arrondissement (so chic), mais seulement 2% du 13e (moins chic).

Je ne balaie pas non plus deux siècles de jacobinisme et de ressentiment envers cette ville qui concentre les privilèges et les pouvoirs. Mais dire « les Parisiens » pour caractériser un déferlement de population à la mer et à la campagne, c’est oblitérer 100 écoles élémentaires classées Réseau d’Education Prioritaire, un quart de résidences principales qui sont des logements sociaux, et 250 000 demandes en attente d’y accéder. Je doute que ces ménages-là collectionnent les bicoques à Noirmoutier et les « loc » en vallée de Chevreuse. 

Voilà. Je ne plains pas les Parisiens. Ils ne sont pas, loin de là, plus malheureux que d’autres. Mais nombreux sont ceux qui ne cochent pas les cases du stéréotype médiatique martelé depuis neuf semaines. La presse s’avère parfois paresseuse. Elle crée des oppositions qui n’existent pas et passe à côté d’injustices qui sévissent bel et bien. Y compris chez « les Parisiens ». 

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