La présidence Syrienne a posté une série de courtes vidéos sur sa chaîne Youtube et sur Twitter. On y voit un dictateur au volant de sa voiture roulant de Damas à la Ghouta orientale.

Bachar el-Assad se met en scène en voiture dans la Ghouta orientale
Bachar el-Assad se met en scène en voiture dans la Ghouta orientale © capture d'écran

Au son, c’est un monologue ininterrompu de Bachar El Assad

A l’image, ce long plan séquence repéré par CNN s’avère parfaitement glaçant. On n’y voit pourtant, ni combat, ni blessé, ni cadavre. Simplement, un dictateur au volant de sa voiture. 

Il se filme, conduisant lui-même sa Honda Civic, sans cravate, rasé de près, lunettes de soleil aux verres irisés. Très détendu, il quitte Damas et il roule vers l’Est. Vers la Ghouta, en fait. Peu à peu, les immeubles et les ronds-points bondés de la capitale laissent place à un paysage inhabité, jonchés de gravats et des carcasses en béton abandonnées.  Bachar conduit. Bachar palabre…    

Et il nous demande de juger sur pièce : regardez ! Preuve que le danger terroriste s’est éloigné, je longe ces routes sans escorte officielle, sans service de sécurité. 

Tout est symbole dans ces vidéos en apparence anodines : preuve que j’ai fait tout cela pour le bien de mon peuple, je me tiens là où je les invite à revenir. D’ailleurs, je suis comme eux, je suis sans chauffeur. 

Mise en scène calibrée

Du point de vue du régime syrien, on est après la bataille, c’est calme, c’est rassurant. Du point de vue de la population civil, 1 500 morts en quatre semaines, dont 250 enfants, 40 000 déplacés au cours des sept derniers jours, c’est d’une indécence insoutenable. 

Pour nos yeux d’occidentaux abreuvés d’info, c’est encore autre chose. CNN, d’ailleurs, n’a pas pu s’empêcher de monter les images de Bachar au volant avec ça du son de la Ghouta sous les bombes. Evidemment, le contraste face au tyran au col de chemise déboutonné se révèle saisissant. Mais CNN avait-elle, là, besoin de montrer dépouilles et explosions pour faire son effet ? Claude Lanzmann, réalisateur de "Shoah", vous l’expliquerait cela mieux que moi. Bachar El Assad fait de la pédagogie en voiture. Il ne dit, ni ne montre lui-même rien de l’horreur qui l’a précédé en ces lieux. Et ça, ça raconte encore mieux son cynisme et son inhumanité. Pas la peine de l’illustrer.

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