Renault, c’est une saga industrielle française doublée d’une vaste saga publicitaire

Publicité datant de 1965 montrant la capacité du coffre de la "Renault 16", voiture équipée d'un moteur de 8 chevaux, pouvant transporter cinq à six personnes.
Publicité datant de 1965 montrant la capacité du coffre de la "Renault 16", voiture équipée d'un moteur de 8 chevaux, pouvant transporter cinq à six personnes. © AFP / STF

Interrogeons-nous sur les rapports que notre presse entretient depuis bientôt 15 ans avec la marque au losange et son grand patron. Où  sont les enquêtes au vitriol sur Carlos Ghosn ? Elles sont si peu nombreuses que vous aurez du mal à les trouver. Les scandales (diesel, espionnage, suicide au technopole, etc…) n’ont pas manqué. Mais rarement dirigeant n’aura été aussi ménagé. Cet homme a-t-il de super pouvoirs médiatiques ? 

Carlos Ghosn hérite d’une tradition publicitaire, alliance de patrimoine et d’émotion. Renault, 120 années d’existence, est né avec la réclame. Son premier slogan fut « L’Automobile de France », tout à la fois porte-étendard industriel et porte-drapeau. Une dimension renforcée par la nationalisation : Renault, c’est la France. Ce qui n’est pas rien dans l’inconscient collectif. 

Ensuite, les 30 Glorieuses. Plus que la voiture française, Renault va devenir la voiture des Français.

Le passé n’est en rien oublié, mais l’emblème tricolore se double d’une charge affective.  

C’est toute cette histoire que Renault rappellera aux Français en rouvrant son capital à la fin du siècle. Le losange est à vous. Il est vous. Voilà, ce dont Carlos Ghosn est devenu le visage. Voilà pour l’aspect psychologique qui peut expliquer un peu de l’attitude journalistique. Il est des symboles et des vieux compagnons qu’on ne déboulonne pas. 

Reste que si Renault a été un grand annonceur français, c’est aussi parce qu’il s’en est donné les moyens. Soyons honnêtes. Cela fait des lustres que Renault est, de toutes les marques, celle qui dépense le plus d’argent en publicité. Cette année, Renault s’est fait doubler par Liddl. Il a quand même claqué 440 millions d’euros en télévision, radio, presse, affichage et Internet. 440 millions d’euros. Depuis toujours, l’Industrie automobile tient publicitairement, donc économiquement, les médias et Renault plus que ses concurrents. Alors, ça vous étonne que si peu de journalistes aient montré les dents ? 

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