Rien n'arrête Jair Bolsonaro, le président brésilien, qui multiplie les attaques, les menaces et les insultes envers les journalistes.

J’ai feuilleté pour vous le dernier rapport de Reporters sans frontières qui a le mérite de compiler ces saillis et de passer au crible le « système Bolsonaro ». Ou comment un chef d’Etat et ses trois fils, Eduardo Bolsonaro, député fédéral, Carlos Bolsonaro, conseiller municipal de Rio, et Flavio Bolsonaro, sénateur, assaillent quotidiennement la presse de leur venin.

Là, un journaliste du Globo pose au président une question sur l’énorme affaire de corruption qui concerne sa famille. Réponse : “Je vais te casser la bouche à coups de poing, enfoiré !”. Le lendemain, il traite sur twitter Maju Coutihno de « menteuse ». Elle est une présentatrice noire de Globo News. Le hashtag #Majumenteuse se mue en défouloir de haine raciale… Ensuite, Bolsonaro que sa condition physique d’ancien « athlète » et militaire protège du Covid (c’est lui qui le dit), traite les journalistes de « gros cul » vulnérables au virus (ça, c’est nous).  

J’arrête là l'énumération. Le risque étant de collectionner des anecdotes toujours plus juteuses, de se laisser entraîner dans une surenchère bouffonne comme les journalistes du monde courant derrière Donald Trump, certes pointant, réfutant, raillant, cinglant chacune de ces attaques mais finissant par les banaliser. Bilan : les médias ont bien plus souffert - en termes de confiance – du climat de persiflage instauré par Trump que Trump n’a pâti de s'être attaqué aux médias… 

Revenons à Bolsonaro. Ses vindictes publiques ne sont que l’arbre qui cache les verrous extrêmement graves apposés par le régime sur l’information. Multiplication des campagnes de harcèlement destinées à semer la terreur dans les rédactions. Multiplication des plaintes et procès à l'encontre d’organes de presse. Les budgets de publicité dépendant des pouvoirs publics ne sont plus attribués qu’aux médias amis du président. Le Palais pulvérise le record de refus d’accès aux journalistes. Le gouvernement ne communique plus les chiffres du chômage, plus aucune donnée sur la déforestation, ni sur la santé publique. Opacité à tous les niveaux de l’administration. Le maire de Rio, Marcelo Crivella, un intime de Bolsonaro, coordonne des groupes WhatsApp permettant aux employés municipaux de se relayer devant les hôpitaux afin d’empêcher – physiquement - les journalistes de réaliser des interviews sur la gestion de l'épidémie. Ces groupes ont été surnommés les « gardiens de Crivella ». Je ne sais plus quel écrivain français lançait récemment sur un plateau télé « On n’a qu’à essayer l’extrême droite ». Ouais, on n’a qu’à essayer. 

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