De grands manœuvres capitalistiques ont lieu en ce moment même au sommet du groupe Lagardère, propriétaire de Hachette, d’Europe 1, de "Paris Match" et du "Journal du dimanche"…

De grandes manœuvres de l’ombre, pour l’instant. Et une monumentale partie de bras de fer qui se jouera lors d’une Assemblée générale à huis clos, le 5 mai. Depuis plusieurs années, Arnaud Lagardère, héritier de l’empire forgé par son père Jean-Luc, est critiqué sur ses choix, sa gestion et surtout le mode de gouvernance qui lui permet d’assoir son pouvoir malgré ses déboires. 

Parmi ses principaux actionnaires, le groupe Lagardère a vu le fond anglais Amber Capital monter en puissance. Ce fond est devenu la bête noire d’Arnaud Lagardère, son inlassable détracteur. Amber réclame la tête de l’héritier et de la structure juridique qui le protège. 

Se sentant de plus en plus menacé, Arnaud Lagardère a fait rentrer en février son ami Nicolas Sarkozy au conseil de surveillance pour le soutenir. L’ancien président de la République entretient de bonnes relations avec le Qatar. Or, le Qatar est aussi actionnaire de Lagardère et un actionnaire plutôt neutre. A Nicolas Sarkozy de pousser les Qataries à soutenir l’héritier eux aussi. 

Mais ça n’a pas suffi. Entre temps, la crise sanitaire et économique s’est abattue de plein fouet sur le groupe. Arnaud Lagardère a tout vendu des activités de son père et de ses marottes à lui dans le sport. Il s’est recentré sur trois métiers : le livre, le commerce dans les gares et les aéroports du monde entier et les médias. Trois secteurs qui s’avèrent économiquement ravagés par le confinement. 

L’héritier a donc fait appel à deux nouveaux alliés, ultra-puissants : Marc Ladreit de Lacharrière et Vincent Bolloré, qui entrent au capital. Ce dernier a confirmé hier avoir acheté 10% du groupe Lagardère. Officiellement, c’est un investissement à bas coût (l’action est très basse) et à longs termes. Officieusement, tout le monde sait que Vincent Bolloré est un prédateur dangereux pour les entreprises dont il pénètre le capital. Il entre, par exemple, à pas de loup chez Vivendi. Puis, en 2016, Bolloré franchit un seuil décisif et prend les pleins pouvoirs. 

Aujourd’hui, on lui prête l’intention de coupler Europe 1 avec les chaines de télés de Vivendi, Canal et Cnews ; d’avaler les maisons de production de Lagardère pour les réinjecter dans les siennes et de jumeler Hachette, le géant du livre, à Editis, autre mastodonte de l’édition que possède Vivendi. De quoi créer des situations de monopole problématique. 

Ce ne sont, pour l’heure, que des conjectures mais elles inaugurent l’après-crise dans les médias : les groupes fragiles seront à terre, les plus robustes commencent déjà à repérer leurs proies. 

L'équipe
Contact
Thèmes associés
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.