Comment réagir quand on voit débarquer tous ces urbains enthousiastes qui s’extasient sur une génisse et hument le purin à pleins poumons ?

Je ne sais pas si vous vous souvenez d’une célèbre comédie française de 1981 nommée Quand tu seras débloqué fais-moi signe, très beau titre, comédie de François Leterrier, dans laquelle des beaufs à la Cabu s’extasiaient devant les joies de la vie néo-rurale. Eh oui, en cette époque lointaine où triomphaient les babacools, on parlait déjà de communauté en Cévennes, d’élevage de chèvres en Lozère ou de poterie au Larzac. Des moutons, pas de canons ? Gardarem Lo Larzac ? Cinquante ans plus tard, on y est ! Figurez-vous que selon une récente étude IPSOS, il y a actuellement deux millions de néo-ruraux, soit, 4,5% de la population des plus de 15 ans.

Les néo-ruraux, ce sont précisément ceux qui vivent en ville et qui laissent tout tomber pour refaire leur vie à la campagne. Certains se contentent de retaper des bicoques et d’y pratiquer le télétravail. D’autres rachètent des commerces dans les villages en difficulté. Et moult se lancent dans l’agriculture, l’élevage, l’artisanat, que sais-je encore. On trouve même des start ups rurales. Et le phénomène est évidemment décuplé par l’épidémie et les confinements. En 2021, les villes n’ont plus la cote.

A ce sujet, on peut découvrir le numéro 1 d’un magazine au titre parlant : Neoruro avec un O à la fin. Et en sous-titre : « Une nouvelle vie à la campagne ». Et Neoruro nous raconte la vie de ceux qui justement ont changé de vie, et c’est pas toujours facile. Je glane un dessin humoristique, dans lequel un papa néo-rural explique à sa fille qui se lamente : « Écoute, Salomé, je suis sûr que notre emménagement à Saint Plouzac n’est pas incompatible avec ta passion pour le street-art. » Eh oui, les ados et les post-ados épris de tumulte urbain et de terrasses bondées, ils ne sont pas toujours néo-ruraux. Vous pensez bien que le frémissement de la rosée et le bruit de l’herbe qui pousse, ça les saoule et pas qu’un peu. Eux, ce qu’ils aiment, c’est le boom boom de l’électro, le Groove du hip-hop, les sueurs mêlées quand on danse, aveuglés par les spots et les stroboscopes. Oui, le silence éternel des espaces infinis les effraie, et là vous noterez que je cite Pascal. Bref, la néo-ruralité provoque parfois de la zizanie dans les familles.

Les habitants des villages en voyant voient s’installer des néo-ruraux ne sortent pas le goudron et les plumes. Mais il est vrai qu’ils se posent des questions, les ruraux, ceux qui ne sont pas néo. Comment réagir quand on voit débarquer tous ces urbains enthousiastes qui s’extasient sur une génisse et hument le purin à pleins poumons ? Comment intégrer ces Parisiens bobos qui débarquent avec leurs projets d’éco-domaines, de permaculture, ou d’épiceries véganes ? « Le problème, dit Jean Barrier, le maire d’Escalans dans le Gers, c’est lorsqu’ils s’installent, moins pour épouser notre mode de vie, que pour perdre celui qu’ils ont abandonné. » Et il conclut, philosophe : « S’ils nous acceptent, on les accepte. » Vous me suivez ? La greffe ne prend pas toujours. 

Mais la dynamique, elle, elle semble irréversible, car elle s’accentue. Et les néo-paysans finissent souvent par faire souche. Sur les 15 membres du conseil municipal de Jupilles dans la Sarthe, la moitié sont des néo-ruraux ! Alors je crois que je vais moi-même tenter un test d’immersion à la campagne, pendant, disons, une demi-heure… 

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