Le Ministre de l'Intérieur porte plainte contre un blog hébergé par le site d'information Mediapart.

La note visée par Gérald Darmanin est titrée " Exécution sommaire du suspect: nouvelle norme en matière de terrorisme ? ". Elle est publiée sur un blog intitulé « Hors les murs », tenu par un auteur sous pseudo qui compte en tout, quatre billets étalés sur cinq années, et douze abonnés. Autant dire que dalle. D’où la surprise pour « Hors les murs » de voir son texte à ce point brandi sur Twitter. Le bloggeur s’est fendu d’une mise au point, reconnaissant après coup que sa qualification de la « barbarie policière » était 1 : une erreur, 2 : inappropriée, 3 : maladroite. Un champion, donc.   

Gérald Darmanin n’a pas demandé la « dépublication » de ce billet, mais communique directement sur sa plainte en justice, s’inscrivant dans le bras de fer idéologique qui oppose une partie de l’opinion et de la classe politique à Mediapart. Je n’y entre pas. Penchons-nous, en revanche, ces blogs amateurs que les médias ont accueillis à bras ouverts, et dont Mediapart revendique encore l’utilité. Ils sont les derniers. Libération vient de fermer ses blogs. Idem Le Monde, L’Obs et L’Express. 

Il faut, pour comprendre cet ancien engouement, remonter au mitan des années 2000, avant les réseaux sociaux. La France totalisait neuf millions de blogs dont 2,5 millions d’actifs. Les attirer sur des sites d’info naissants permettait aux médias de créer du trafic, mais aussi de résoudre ces questions qui les taraudaient : Sommes-nous tous journalistes ? Journalistes et non-journalistes se valent-ils ? Avons-nous encore besoin des journalistes ? 

Là, deux écoles ont divergé. D’un côté, Rue89, de l’autre, Mediapart. Rue89 a mélangé les papiers d’amateurs à ceux de ses cartes de presse, à une stricte condition, que les textes soient TOUS passés aux MÊMES filtres de la vérification. Rue89 se positionnait en éditeur. En face, Mediapart a choisi de séparer complètement ce que produit sa rédaction de ce qu’écrit son club d’abonnés bloggeurs dont RIEN n’est relu. Mediapart se positionne comme hébergeur et décline toute responsabilité éditoriale. 

D’un point de vue philosophique, Mediapart clame la liberté d’expression. Et, de fait, pourquoi laisser à l’Internet américain le monopole de nos opinions ? D’un point de vue pratique, le site ne pourrait pas vérifier les 2000 notes publiées chaque mois. D’un point de vue juridique, Mediapart a bétonné son statut. Mais d’un point de vue moral, sachant contre quoi on lutte sur le Web et les comptes qu’on demande désormais à tous ses acteurs, cette position est-elle encore tenable ?             

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