Le pouvoir algérien accuse les télés françaises de « déstabiliser le pays »

Hier, le ministère de la Communication a « décidé de ne plus autoriser la chaîne M6 à opérer en Algérie ». Et ce, après la diffusion d’un documentaire intitulé « L'Algérie, le pays de toutes les révoltes", dans la case « Enquête exclusive » du dimanche soir. Au programme, il est reproché de "porter un regard biaisé sur le Hirak" et à sa production d'avoir usé d’une "fausse autorisation de tournage". Ainsi, M6 aurait-elle demandé des accréditations en vue d’un reportage sur « l'essor économique de la ville d'Oran » pour, au final, réaliser une enquête à l’aide de caméras discrètes sur les manifestations qui soulèvent l’Algérie depuis février 2019. 

Au printemps, déjà, la diffusion sur France 5 d’un autre documentaire portant sur la jeunesse et le Hirak, avait déclenché une immense polémique sur les réseaux sociaux algériens. Pour le régime, de plus en plus répressif, cette diversion tombait à point nommé. L’Algérie avait alors rappelé son ambassadeur à Paris afin de marquer le coup et de transformer cette affaire médiatique en crise diplomatique. 

Ça a laissé des traces. A propos d'M6, le gouvernement algérien précise : « Il n'est pas fortuit que ces médias, outillés pour exécuter un agenda visant à ternir l'image de l'Algérie (…) agissent de concert et à différents niveaux ». Complotisme quand tu nous tiens... Quel est donc ce mystérieux « agenda » à l’œuvre ? 

Dans un même élan conspirationniste, il y a trois jours, le président algérien avait déclaré : « Les Etats ne nous attaquent pas frontalement mais chargent des organisations non gouvernementales de cette mission ». Il visait encore la France à travers, cette fois, "Reporters sans frontières", ONG qui défend la liberté de la presse. Et le président algérien de s’en prendre à son ancien dirigeant, Robert Ménard : « il est inadmissible de nommer un fils de colon qui tente à chaque fois de donner des leçons aux Algériens, d’où l’importance d’enquêter sur les fondateurs de ces organisations (…) ». Robert Ménard est bien un fils de famille pied-noir, avec un père membre de l’OAS. Mais Robert Ménard, maire de Béziers, a quitté "Reporters sans frontières" il y a plus de 12 ans. 

Arguments ineptes d’un régime de plus en plus répressif et acculé. "Reporters sans frontières" défend Khaled Drareni, un journaliste emprisonné pour avoir couvert le Hirak. Il travaillait aussi pour TV5 Monde, une télévision française. Décidément, voici un soulèvement populaire que l’Algérie ne veut pas voir sur nos écrans. 

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