Semaine européenne dans l'Édito M avec chaque jour le portrait d'une personnalité médiatique à travers les pays de l'Union. Aujourd'hui, l'italien Massimo Bordin, voix emblématique de Radio Radicale.

Semaine européenne sur France Inter, chaque jour, avec le portrait d’une personnalité médiatique qui pèse dans le débat public. Ou qui a pesé. En effetn après ce lundi la jeune mais déjà puissante Tanit Koch en Allemagne portrait aujourd’hui d'un homme qui vient de mourir et dont politiques, universitaires et journalistes italiens portent le deuil. La voix emblématique de Radio Radicale à Rome s’est éteinte. Pourtant, elle porte encore et beaucoup se mobilisent pour que la station ne disparaisse pas. 

Il s’appelait Massimo Bordin et il avait 67 ans 

Massimo Bordin, 67 ans, tenait sur Radio Radicale une revue de presse quotidienne du matin, infiniment plus longue que celle de Claude Askolovitch. Elle était sans fin. Bordin tenait parfois 1h40 le micro, la table couverte de journaux ! Pour sa dernière, le 2 avril, il était très malade. Le rendez-vous s’intitule "Stampa et Regime", presse et régime, régime au sens de l’organisation politique de l’Etat, épineuse question en Italie. Depuis son décès, de grandes signatures de la presse italienne se succèdent pour en continuer la revue. 

Une vie de journalisme politique

Il dirigea Radio Radicale pendant 20 ans, curieux média, sans équivalent chez nous et déclaré d’intérêt publique en 1976. La station est l’émanation du parti radical italien qui n’a jamais rempli les urnes mais a compté dans les débats sur l’avortement, les prisons, l’euthanasie, comme le rappelait Le Monde encore récemment.

Radio Radicale, pas de pub, pas d’actionnaire, mais une convention qui en fait jusqu’au 21 mai prochain le diffuseur officiel des débats parlementaires et des grands procès historiques. Mot d’ordre de la radio : "Conoscere per deliberare", pour "connaître pour comprendre et décider". À connaître, on pourrait ajouter, "se souvenir". Tout un pan de la politique italienne est consigné dans les archives de la station. 

La fin de Radio Radicale

Seulement voilà, Luigi di Maio, 32 ans, ministre de l’Economie, émule du mouvement Cinq étoiles, ne renouvellera pas la convention de Radio Radicale, la privant ainsi d’une dizaine de millions d’euros annuels de subvention. Radicale va fermer. Même Matteo Salvini, ministre de l’Intérieur d’extrême-droite s’y est dit réticent. Une décision qui a entraîné pétition et manifestation de soutien au pied des studios ce week-end. 

Dans cette Italie populiste où les journalistes sont invectivés, insultés par le gouvernement et où les médias subissent des pressions économiques plus fortes que jamais, Massimo Bordin incarnait une forme d’intégrité plus que jamais menacée.  

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