Hier, Bruno Patino, directeur éditorial d’Arte France depuis 5 ans, a été nommé à la présidence de la chaîne franco-allemande. Portrait.

Bruno Patino a été élu, lundi 22 juin, président du directoire d'Arte France, en remplacement de Véronique Cayla. Ici en 2014 à Paris
Bruno Patino a été élu, lundi 22 juin, président du directoire d'Arte France, en remplacement de Véronique Cayla. Ici en 2014 à Paris © Getty / Marc Piasecki

Silhouette nerveuse, sourire nerveux, voyages incessants, Bruno Patino n’est pas un calme. Rarement pourtant, devant un micro, j’ai vu quelqu'un contrôler autant sa parole. Voix douce, mots minutieusement soupesés, comme si le bouillonnement intérieur de cet homme pressé risquait un jour de lui échapper. 

Bruno Patino a franchi la cinquantaine sans se départir de son air juvénile, de son sac à dos, de ses petites lunettes et de sa coiffure de collégien. D'aucuns l'ont surnommé « Harry Potter ». Mais attention, l’allure cache un patron à l’autorité sans partage. De même, Bruno Patino cultive sa posture d’intello des médias. Il a fait ses classes aux « Cahiers du Cinéma », à « Télérama », au « Monde », à France Culture, a planché sur l'avenir du livre et en a écrit lui-même plusieurs. Il est le doyen de l'École de journalisme de Sciences Po Paris. Attention là encore, une fois aux commandes, le faux pur esprit se mêle de tout. Les mains dans le cambouis, il visse et dévisse les boulons des programmes et des organigrammes.

Bruno Patino est l’auteur d’un hit en librairie, « La Civilisation du poisson rouge »

55 000 exemplaires, des traductions à la pelle. Analyse des procédés grâce auxquels les robots du Web colonisent nos pensées, nos réflexes, nos désirs. Lui, le pionnier, l’évangéliste du numérique. 

Convertissant partout ses troupes à la révolution digitale. Il a cru à ses promesses émancipatrices. Il alerte aujourd'hui sur ses dangers. 

Alors quoi ? Faire machine arrière ? Certainement pas. 

Sous sa férule, Arte réalise en ligne un carton monumental. Le credo devient ainsi guerre sainte. Lutter pour conserver la liberté de créer et d'apprendre sur Internet, se battre contre les algorithmes, faire de la résistance face aux titans que sont devenues les plates-formes.

Une dernière aporie, pour la route. Bruno Patino est évidemment une créature de pouvoir. Son parcours parle pour lui. Il était le numéro 2 de France Télévisions. Delphine Ernotte, nouvellement nommée, l'a mis dehors. Il revient président d’Arte France. Revanche. 

Néanmoins, on devine un homme qui regarde souvent ailleurs. Du côté de l'Amérique des années 60 - 70, société contestataire, éprise de liberté, de musique et de poésie. Bruno Patino, un redoutable politique qui masque ses aspirations beatnik…

C’est d’ailleurs, culturellement, ce qui lui demandera sans doute le plus d'efforts. Tout négocier pieds à pieds avec les Allemands. Elle est loin l'Amérique. 

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