Antoine Gallimard tient à expliquer sa décision d’arrêter "Les Temps modernes", revue fondée par Jean-Paul Sartre en 1947.

Antoine Gallimard
Antoine Gallimard © AFP / Joël Saget

Un monument de la pensée française, du moins un lieu clé où elle s’est élaborée, s’éteint sans bruit. Le cinéaste Claude Lanzmann est mort, il était « l’âme et la charpente » de cette publication. Il fut aussi l’ami de Sartre et Beauvoir, revendiquant cette filiation lorsqu’il en prit la direction. 

Parce que cette incarnation n’est plus, la revue ne reparaîtra plus que sous la forme de volumes thématiques. Ainsi le veut Antoine Gallimard, ainsi l’écrit-il dans le Monde, répondant au comité de rédaction du titre qui s’est exprimé dans les colonnes du même journal. Echange feutré mais lorsque des gens intelligents et bien élevés s’affrontent, mieux vaut les écouter, on pourrait en tirer quelques idées. 

La première fait consensus. « La revue avait perdu son magistère et ne réussissait plus à nourrir le débat public », reconnait son comité. L’éditeur, lui - qui se décrit en chef orchestrant la diversité des expressions - range aujourd’hui Les Temps modernes dans ces « voix qui ne portent plus, ces instruments qui ont perdu leur timbre ». 

Or, aux yeux du comité de rédaction, cette extinction trahit notre difficulté collective à « transmettre les leçons du XXe siècle » et ce, dans une situation qui « ressemble par maints aspects à celle qui précéda la Première Guerre mondiale » et fit « sombrer l’Europe, pour plus de trente ans, dans une séquence d’une extrême violence ». Les Temps modernes sont nés au terme de cela avec la volonté de dégager de ces cruautés « quelque chose de pensable ». Et les piliers de la revue de s’interroger sur les moyens que, collectivement, « nous nous donnerons pour ne pas subir le destin de générations somnambules que Les Temps modernes avait cherché à réveiller ». 

« Somnambules », ce mot extrêmement puissant, Antoine Gallimard, dont la maison abrita la revue à ses débuts, l’a manifestement reçu en pleine figure. Pour lui, il y a eu divorce. 

Les lanceurs d’alerte ont changé d’identité et de tribune. Ils ne sont plus là où l’institution savante aimerait à les fixer. 

A l’éditeur, donc, de « chercher ces circuits nouveaux où se tiennent » et s’expriment les attentes des lecteurs. 

Deux tribunes, deux visions sur la portée d’un héritage intellectuel.  A ruminer pour continuer à lire, écrire et agir. 

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