Deux mois après son lancement, le magazine Ebdo s'arrête. Retour sur les conditions d'un échec foudroyant.

Logo de l'EBDO
Logo de l'EBDO © EBDO

Elles sont financières, d’abord. Le magazine – 100 pages en couleur - coûte très cher à fabriquer et s’ajoute la quarantaine de salaires à verser. « Ebdo » a recruté des signatures, ex-« Télérama », « Le Figaro », « Libé », « JDD », qu’on ne paie pas au tarif débutant. Pas de publicité, telle était la promesse. Si les lecteurs ne suivent pas, le journal meurt. Or, avec 15 000 exemplaires écoulés chaque semaine, Ebdo n’atteint même pas le quart de ses objectifs.

Par ailleurs, « Ebdo » a pris un risque énorme. Il a été lancé uniquement sur les fonds propres de la société, autour d’un million d’euros : aucune avance, aucune réserve. C’est dire l’immense confiance qu’avaient dans le projet ses fondateurs l’éditeur Laurent Beccaria, et le grand reporter, Patrick de Saint-Exupéry, persuadés que forts d’un succès immédiat, les investisseurs afflueraient.

Seulement voilà, la scabreuse révélation de l’affaire Hulot en aurait refroidi plus d’un

Enfin, c’est ce qu’agite l’éditeur, expliquant que le torrent de critiques a tué la levée de fond. Ca ne suffit pas. « Ebdo » a déçu par son ton et son contenu, avant même l'affaire Hulot. Les chiffres de vente en témoignent. 

De l’aventure « Ebdo », on retiendra qu’il n’y a pas que les financiers qui ont pouvoir de vie et de mort sur un journal, il y a aussi les lecteurs. « Comme autant d’amis que l’on déçoit » écrivent « le cœur serré » les fondateurs, dans leur dernier édito.    

Car les lecteurs d’« Ebdo » formaient une communauté

C’étaient, au commencement, ceux des revues déjà lancées par Beccaria et Saint-Exupéry, « XXI » et « 6 Mois ». Et c’est là, l’autre erreur. Au lieu de créer une entité autonome pour le nouvel hebdomadaire, « Ebdo », « XXI » et « 6 Mois » ont été placées dans la même société. Résultat, « Ebdo » s’arrête vite pour ne pas faire couler les autres. Les trois titres sont désormais en vente. Ca signifie que Laurent Beccaria, patron de la maison d’Edition Les Arènes – maison prospère, qui pourrait remettre de l’argent - arrête la presse, alors que « XXI » et « 6 Mois » étaient sa fierté. 

Ça veut dire aussi que cette belle équipe, galvanisée par son enthousiasme de départ, s’est humainement fracassée dans la défaite. Ebdo c’est l’histoire d’un échec foudroyant, c’est aussi celle d’un abandon foudroyant.

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