Retour sur une expression très en vogue sur les réseaux sociaux : "Ok, boomer" est devenu le slogan des moins de 25 ans sur Internet. Une façon de clouer le bec à la génération des baby-boomers. Mais comment se traduit-elle exactement ?

Je vous propose un kit de survie en période de fêtes. Il n’est pas envisageable, cette année, de vous rendre à un repas de famille sans savoir ce que signifient ces deux petits mots apparemment inoffensifs. Si vous avez plus de 50 ans, vous risquez de vous les prendre en pleine poire, en particulier quand la conversation s’orientera vers le réchauffement climatique. 

« Ok, boomer »

Comment le traduire ? Vous pensez bien que tout un tas d’internautes rigolards s’y sont essayés ! Ça donne : Ta gueule, l’aïeul. Tu l’as dit, papy. Certes, l’ancêtre. Tu m’étonnes, Parkinson. Ou encore : Fort bien, l’ancien.

L’expression serait née en 2018, mais c’est bien cette année qu’elle s’est répandue partout. Elle a même été employée au parlement néo-zélandais, par une députée de 25 ans, qui parlait climat, justement. Stop aux politiques de court-terme, disait en substance Chloé Swarbrick : « En 2050, j’aurai 56 ans. L’âge moyen de cette assemblée est de 49 ans. » Et là, elle est interrompue par les cris d’un député plus âgé. "Ok, boomer... ". Et elle poursuit ensuite son intervention comme si de rien n’était.

Jeune mépris contre vieux mépris ? 

Qu’on ne s’y trompe pas. Il ne s’agit pas de balayer les arguments de son interlocuteur sous prétexte qu’il est vieux. « Tu es trop âgé pour avoir un avis ». Non, il s’agit de répondre au mépris par le mépris. C’est bien quand on lui reproche de parler de son âge que cette députée dégaine le « OK boomer ».

Parmi ceux, nombreux, que cette déferlante « ok boomer » exaspère, il y a le philosophe Raphaël Enthoven. « Comment brandir comme une vertu en soi le fait d’être jeune ? », s’est-il interrogé sur Twitter. Il remarque au passage qu’on ne dit pas « ok baby-boomer ». Ce n’est pas anodin, que le mot « baby » ait disparu : il faudrait oublier que les boomers ont été des baby, dit-il. Oublier que les vieillards d’aujourd’hui sont les jeunes d’hier !

Le cri de ralliement de la nouvelle génération ? 

Peut-être. Mais il est assez frappant de regarder qui sont ceux qui détestent cette expression. Ce sont en général les plus de 50 ans, mais pas toujours (Enthoven a 44 ans). Ils dénoncent – à tort ou à raison - une forme d’agisme, de la discrimination basée sur l’âge. Mais ce sont aussi, très souvent, les éditorialistes. Ceux qui donnent leur avis depuis des années sur les plateaux télé. Qui ne partagent pas la parole. « Ok, boomer », finalement, est le cri de ralliement d’une génération qui veut qu’on lui donne enfin la parole. Et qui veut rappeler à ses aînés qu’eux aussi, de leur temps, ont répondu « cause toujours » aux plus âgés. Ça, c’est encore Brassens qui en parle le mieux. 

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