Netflix deviendrait-il un studio hollywoodien comme les autres ? Non ! Mais les dits studios pactisent avec l’ennemi et l’accueillent dans le saint des saints, le MPAA, toute puissante association du cinéma américain.

Netflix permet de voir des séries, certes, mais aussi des oeuvres des grands noms du cinéma : aujourd'hui Alfonso Cuaron, les Frères Coen... Demain Scorsese et Spielberg.
Netflix permet de voir des séries, certes, mais aussi des oeuvres des grands noms du cinéma : aujourd'hui Alfonso Cuaron, les Frères Coen... Demain Scorsese et Spielberg. © AFP / Lionel Bonaventure

Pourquoi les membres du MPAA laissent-ils entrer Netflix ? Parce qu’il faut s’unir pour lutter contre le piratage des films et des séries

Netflix est une plate-forme de streaming – c’est à dire de visionnage en ligne – payante. C’est le premier non-studio à rejoindre le syndicat du cinéma. Il n’empêche, le conflit demeure total sur ce marché-là. 

Netflix aspire les forces vives du septième art américain. Les Frères Coen, Alfonso Cuaron (15 nominations aux Oscars pour Roma dont le meilleur long-métrage), bientôt Spielberg, Scorsese. Sans parler des acteurs les plus « banckables ». Ils signent tous avec Netflix, qui pourrait investir jusqu’à 15 milliards de dollars dans des productions cette année, faisant littéralement exploser les montants des investissements. 

Les studios courent derrière évidemment. 

Netflix brouille les pistes

Roma, Lion d’Or à Venise, est sorti dans 900 salles de cinéma de par le monde, accompagné d'une tapageuse campagne de promo.  

Jamais création Netflix n’aura ainsi été rendue accessible aux non-abonnés - enfin, sans respecter les délais : Netflix l’a collée en ligne seulement trois semaines après sa sortie ! 

Ces salles obscures n’étaient-elles donc qu’un prétexte pour se mettre dans la poche l’Académie des Oscars ? 

Pas seulement. C’était également une gigantesque opération découverte et séduction auprès du grand public que d’autres géants américains vont venir draguer, parés d’atours ravageurs. 

La guerre des plates-formes de vidéo à la demande avec leurs mirobolants catalogues, c’est le feuilleton industriel de l’année 2019 aux Etats-Unis

Netflix contre Amazon, contre AT&T qui a racheté Warner, donc HBO, contre Disney qui a bouffé la Fox donc Hulu. Mais aussi Apple, Facebook et Youtube qui entrent dans la course à la création audiovisuelle maison. 

Ce magma de noms vous est encore peu familier. Pourtant, cette concurrence enragée va faire couler à flot l’argent de la production, va dessiner les images et les visages de demain, tout en cloisonnant complètement le marché, verrouillant définitivement la circulation des œuvres. Quand mes deux enfants seront grands, en fonction de leurs abonnements, l’un verra Truffaut, l’autre verra Hitchcock, enfin leurs équivalents. Ils n’auront jamais eu accès à autant de films mais ils ne pourront plus les partager. C’est un grande page de notre avenir culturel à tous qui s’écrit ici. 

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