Après une semaine médiatique très bruyante, ponctuée par les clashs autour d’Eric Zemmour, vous vous interrogez sur la notion même de « débat ».

Oui, je pense que la bonne question n’est pas « faut-il inviter Zemmour dans les médias ? », mais plutôt « que produisent ces débats autour de sa personne ? ». Réponse, à mon avis, rien. Pas parce que les propos de Zemmour ou de ses contradicteurs seraient vides. Mais parce que cette forme appelée « débat » est, selon moi, le lieu d’une fausse promesse, pire d’une dangereuse illusion. Le débat bloque et annihile la parole au lieu de la libérer. 

J'entends déjà hurler. Facile, France Inter, « on n’invite que des gens qui pensent pareil et qui sont d’accord entre eux », « on interdit de micro les infréquentables qui brisent le consensus ». Pas du tout. Ce n’est pas du tout ce que je veux dire. Au contraire. Invitons tout le monde. Mais pas nécessairement ensemble. Je m’explique et, pour cela, je prends un exemple crétin. J’aime énormément les endives. Claude Askolovitch, lui, les a en horreur. Faites-nous en débattre, il n’en sortira rien, à part deux personnes qui vocifèrent « mais enfin, les endives, c’est délicieux » versus « beurk, les endives, c’est dégueulasse ». Clash stérile. En revanche, si Claude et moi aimons tous deux les endives, mais lui, seulement braisées, jamais crues. Alors là, la conversation s’enrichit de nos divergences, de nos histoires singulières, de nos pratiques hétérogènes et de nos pensées… si tant est que l’endive prête à penser !

Pour faire discuter deux personnes, il faut qu’il y ait un minium d’accord, un socle de valeurs partagées et de respect réciproque. Sinon, on ne se parle pas. On ne s’entend pas. On produit un bruit redoutablement inutile et toxique pendant que d’autres, dans leur solitude, cherchent, travaillent et créent, bref, font avancer la pensée. 

Aujourd’hui, d’aucuns taxent les médias de véhicules de la « pensée unique », de « tribunaux de la pensée ». Ceux-là estiment que leurs débats à eux sont inattaquables car s’y affrontent autant les « pour » que les « contre ». Or, à mes yeux, il est là le plus effroyable tribunal, celui qui arrête, juge et enferme la pensée à force, non pas d’en faire taire certaines, mais de les anéantir toutes. Un néant qui voudrait faire croire  –  là est le danger – que le rien s’appelle « pluralisme » et « liberté d’expression ».  

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Le débat, nouveau tribunal de la pensée ? © Getty / DOUGBERRY
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