Après des jours de discussion, les journalistes du Monde ont obtenu de leurs actionnaires la signature d’un accord historique.

Le siège du journal "Le Monde"
Le siège du journal "Le Monde" © Getty / Manuel Cohen

Epilogue de trois semaines incroyablement intenses. A l’avenir, les rédactions du groupe « Le Monde », c’est à dire le quotidien, mais aussi Télérama, Courrier International, La Vie et Le Monde diplomatique pourront refuser l’entrée d’un nouvel actionnaire à leur capital. Il aura, pour cela, fallu forcer la main au banquier d’affaire Matthieu Pigasse et même, lui tordre le bras.    

L’imbroglio nait d’un pacte secret que nouent, en 2010, trois multimillionnaires, pas amis dans la vie, mais qui s’allient pour racheter Le Monde en faillite : Pierre Bergé, Xavier Niel et Matthieu Pigasse. Ils ont été choisis par le personnel du journal qui vota ce jour-là. Et qui s’en trouva fort satisfait.    

Mais voilà, Pierre Bergé est mort. L’équilibre est rompu. Il n’y a plus d’arbitre entre les deux grands fauves. Xavier Niel n’a cessé de s’enrichir. Matthieu Pigasse de s’endetter. Un jour, (pourquoi ? On ne sait pas), Niel n’a plus voulu soutenir Pigasse financièrement. Alors ce dernier, sans prévenir personne, revend 49% de ses parts du Monde à un industriel tchèque, Daniel Kretinsky. Et avec lui, encore sans prévenir personne, dévorent d’autres actions du Monde détenues par un groupe espagnol.    

Les journalistes du quotidien en sont restés complètement sonnés. Plus jamais, ils ne veulent être mis devant le fait accompli. Ils exigent de leurs propriétaires le droit de choisir leurs actionnaires. Xavier Niel obtempère. Pas Matthieu Pigasse. Les journalistes dégainent alors leur seule arme : ils rendent tout public. Comment Daniel Kretinsky a fait irruption dans le journal, comment il est devenu le roi de l’énergie, quelles sont ses visées industrielles en France. Plus une tribune signée par 500 cartes de presse, puis une autre, réunissant 500 personnalités de la Culture. Tout ça pour réclamer des garanties sur l’indépendance éditoriale du Monde. Bref, si Matthieu Pigasse voulait se faire oublier et si Daniel Kretinsky voulait s’acheter une image chez nous, c’est raté.    

Outre la pression par la médiatisation, les journalistes font une concession à leurs propriétaires : s’ils veulent se retirer, on leur promet un « prix plancher ». Ils ne perdront pas l’argent investi. Ca a détendu l’atmosphère. Hier, Pigasse et Niel étaient réunis pour signer. Même Daniel Kretinsky fait savoir qu’il paraphera le document. Lors du conseil de surveillance, en octobre, ils discuteront de la constitution d’une Fondation pour présider à l’avenir du Monde. L’idée, c’est que, plus jamais, le quotidien de référence français soit dépendant d’un milliardaire qui change d’avis et surtout, qui change d’amis.

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