La presse italienne multiplie les hommages à Rossana Rossanda, fondatrice du quotidien "Il Manifesto".

Rossana Rossanda
Rossana Rossanda © AFP / MARCELLO MENCARINI / Leemage

Tous les titres, de tous les courants, tant cette journaliste de 96 ans fut une figure phare de la vie politique et intellectuelle du pays. Même Berlusconi a tweeté afin de rendre honneur à "son esprit critique et sa culture". Ce à quoi un tweetos a répliqué : "Oh la, la, Silvio encore convalescent. Une saloperie ce Covid" ! Et pour cause : Rossana Rossanda fut une grande plume marxiste. Et Il Manifesto, un journal communiste. Enfin, commença par l’être… 

Car, comme le précise La Repubblica, Rossano Rossanda, éminente marxiste, rouge jamais repentie, porta sans cesse le fer dans la plaie du parti. Ça commença dès les évènements de Hongrie en 1956. Puis, en 1969, vint l’entrée des chars russes en Tchécoslovaquie. Son édito "Prague est seule" dénonçait l’incapacité des communistes italiens à condamner l’Union soviétique. Elle et l’équipe de Il Manifesto furent exclus du parti. 

Dix ans plus tard, le premier ministre Aldo Moro venait d’être enlevé par les Brigades Rouges, elle écrira : « Quiconque était communiste dans les années 1950 reconnaît le langage des Brigades rouges. On a l’impression de feuilleter un album de famille. Il y a tous les ingrédients qui nous été servis dans les cours de Staline et Jdanov ». Tollé. Rossana Rossanda, l’hérétique. Elle fut ensuite la seule à obtenir de Mario Moretti, le chef des Brigades rouges, une interview sur l’affaire Aldo Moro, finalement assassiné par ses geôliers. Elle-même s’exprimait très peu dans les médias. 

Rossana Rossanda a beaucoup vécu à Paris, où elle a bien connu Jean-Paul Sartre. L’homme qui partagea sa vie avait pour pseudo K.S Karol, réfugié russo-polonais, journaliste lui aussi, spécialiste des pays de l’Est, cofondateur du Nouvel Observateur

Rossana Rossanda, elle, n’a consenti à prendre sa retraite qu’en 2012. Amère lorsqu’elle parlait de son journal, Il Manifesto

Ils m’ont toujours vue comme une mère castratrice, même si je ne me suis jamais sentie comme telle. Mais peut-être que c’est une loi générationnelle. Pour grandir, les enfants doivent tuer leur père et leur mère. Maintenant, c’est mon tour.

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