"Reporters sans frontières" dévoile ce matin son classement mondial de la liberté de la presse. Et s'inquiète de la défiance du monde politique à l'égard des journalistes

Commençons par les pays où les journalistes sont les plus libres et le mieux respectés. Ils sont au Nord : Norvège, Suède, Pays-Bas, Finlande. Amis titulaires d’une carte de presse, sachez sinon que la Jamaïque, oui la Jamaïque, se hisse à la sixième place du classement.

Voilà une façon aimable de parler aux journalistes. En France, où l’audiovisuel public est qualifié de "honte", où les lois sur le secret des affaires et les "fake news" pourraient méchamment entraver la liberté d’enquêter, la situation est moins enviable. Nous ne sommes qu’à la 33e place du classement. En Angleterre, c’est pire : 40e rang. Theresa May contrôle les médias d’une main de fer au nom de lois comme celles sur le renseignement.

Mais ce qui inquiète le plus Reporters Sans Frontières, ce n’est pas l’arsenal coercitif, c’est la "haine du journalisme". Une méfiance, accompagnée d’une violence verbale inédite. Point de ukulélé et ni de manguier pour Jean-Luc Mélenchon, écrivant que "la haine des médias et de ceux qui les animent est juste et saine", ni pour  Laurent Wauquiez qui dénigre le "bullshit médiatique". Virage lourd de conséquences au terme de l’année 2017. Bilan : plus besoin de changer de continent. C’est l’Europe qui a changé de camp. 

A l’Est, je vous en parlais lundi avec la Hongrie, la rhétorique anti-média n’est plus l’apanage des mouvements d’opposition dénonçant une presse aux ordres, mais celui des leaders au pouvoir. Le président tchèque est arrivé en conférence de presse muni d’une fausse kalachnikov sur laquelle était inscrit le mot "journaliste". En Serbie, en Slovaquie, en Albanie et même en Autriche, ils sont accusés de traîtrise et de mensonges. 

Plus proche de nous, encore, l’Espagne. Infernale pression subie par les médias publics supposés épouser la position madrilène. Ce fut pire - à la limite du harcèlement – pour les journalistes étrangers ou non-indépendantistes couvrant la crise catalane, sans cesse discrédités par Barcelone. L’Europe se crispe et se replie. Elle sape les outils de la démocratie.

Le classement de RSF est à retrouver ici

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