Suite et fin de la semaine européenne de l'Edito M, avec le portrait de l'espagnol Jaume Roures, PDG de Mediapro.

Jaume Roures
Jaume Roures © AFP / Gabriel Bouys

Y a-t-il une identité européenne ? Nous sentons-nous Européens ? J’ai posé la question autour de moi. Et plus d’un m’a répondu : « oui, sur un terrain ». Traduction : le foot, comme ferment d’appartenance. Il ne nous viendrait pas à l’idée de regarder à la télé d’autres championnats que ceux de ces équipes et clubs européens dont l’histoire commune nous est si familière. Alors, je me suis demandé à qui appartenait le spectacle cathodique européen. 

Un nom, l’un des plus connus d’Espagne, et des convictions détonantes vues de chez nous. Jaume Roures. Il possède les droits de diffusion du championnat ibérique, vient de rafler pour 800 millions le championnat français, comme son équivalent italien qu’il essaye de récupérer en justice, il détient par ailleurs des droits allemands. Sa société, Mediapro, 1,5 milliard de chiffre d’affaires, est implantée dans 26 pays. Son savoir-faire en matière de compétition sportive l’a conduit à produire pour la télé et à filmer toutes sortes d’événements de grande ampleur. Enfin Mediapro, également studio de cinéma qui signe les films de Woody Allen, appartient pour partie à des Anglais et à des Chinois. 

Jaume Roures, 69 ans, emplit ainsi toutes les cases du capitalisme médiatique mondialisé. L’homme ne met pourtant jamais de cravates et déteste les titres (il dit n’être patron que parce qu’il bosse 100 heures par semaine). Il est aujourd’hui sous le coup d’une enquête de justice de la Guardia Civil pour avoir installé un centre de presse au service des indépendantistes catalans. Il affiche, par ailleurs, sa fidélité électorale à Podemos, parti de la gauche radicale espagnole, et sa proximité avec celui qui l’a fondé, Pablo Iglesias. 

Drôle d’oiseau, donc, que ce Jaume Roures, ancien imprimeur de journaux ayant quitté l’école à 11 ans. On le dit passé par les geôles franquistes et la révolution sandiniste au Nicaragua, mais en fait, on ne sait pas très bien. Avant la crise économique, il avait monté un journal, Publico, une chaine de télé catalane, TV3, ancrés très à gauche, bien plus que son grand rival le groupe Prisa (qui possède El Pais). Lorsque Jaume Roures parle aux Echos, en France, il dit « surtout n’écrivez pas que je suis un ancien trotskiste, hein, parce que je le suis toujours ». 

Comme disent les Américains, « quand la légende devient un fait, imprimez la légende ».  

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