La Chine expulse les correspondants du « Wall Street Journal » après un édito jugé « offensant » et « raciste ». Dans un article le journal critiquait frontalement la gestion du coronavirus par Pékin et les ravages du marché financier chinois.

Josh Chin et Philip Wen, correspondants du Wall Street Journal, à l'aéroport de Pékin. Ils ont été expulsés après une Une jugé "offensante" et "raciste" par le gouvernement chinois.
Josh Chin et Philip Wen, correspondants du Wall Street Journal, à l'aéroport de Pékin. Ils ont été expulsés après une Une jugé "offensante" et "raciste" par le gouvernement chinois. © AFP / GREG BAKER

Le quotidien américain a publié la semaine dernière une chronique titrée « La Chine est le véritable homme malade de l’Asie », signée d’un universitaire, éditorialiste régulier du journal. Ce dernier critique frontalement la gestion du coronavirus par Pékin et les ravages du marché financier chinois. Seulement voilà, « l’homme malade de l’Asie » fait référence à l’échec de la révolte des boxers au 19ème siècle, une expression occidentale, colonialiste, que la Chine ne tolère plus. « Les rédacteurs en chef de ce journal se sont eux-mêmes cloués au pilori de la honte », commentait le lendemain le quotidien nationaliste chinois, le Global Times. 

Conséquence immédiate : Pékin retire sa carte de presse aux trois correspondants du « Wall Street journal » et leur donne cinq jours pour quitter le territoire. Deux d’entre eux étaient déjà dans l’avion hier. Une troisième ne peut bouger puisqu’elle se trouve à Wuhan, en quarantaine.

La dictature chinoise est une habituée des expulsions suite à des papiers qui déplaisent au régime

Une journaliste française de L’Obs a par exemple a payé cher son enquête sur les Ouïghours en 2015. Mais là, c’est un article écrit à New York qui suscite des représailles sur place. Les correspondants n’y sont pour rien. 

Mettons de côté l’escalade des tensions entre la Chine et les Etats-Unis et les mesures coercitives qui s’ensuivent. C’est un classique du métier. Une épineuse question qu’affrontent tous nos confrères reporters : Comment assumer, sur le terrain, les positions éditoriales du média qu’on représente ? Comment assumer un titre pondu dans un bureau, au siège, ou proféré dans un studio télé ou radio, loin des réalités du quotidien, loin des sources et des contacts que doivent entretenir les envoyés spéciaux pour continuer à travailler… loin, surtout, du public qui reçoit l’information et dont il faut gérer les réactions.    

N’est-ce pas, à une autre échelle, ce qu’ont vécu les journalistes reporters d’image de BFM TV pendant les rassemblements de gilets jaunes ? Pris pour cible par des manifestants exaspérés par le ton, l’approche et les propos d’une Ruth Elkrief ou d’un Christophe Barbier, par ce que l’on appelle parfois confusément, mais parfois justement, les « éditorialistes ». 

Il faut se méfier des attaques qui sont faites aux éditorialistes

Se méfier des punching-balls médiatiques. Se méfier des symboles tout faits d’une « élite » coupée des réalités. Les médias ont aussi besoin de gens expérimentés qui produisent une analyse loin du terrain. Mais force est d’admettre que l’histoire du « Wall Street Journal » et de ce titre inutilement péjoratif se révèle un cas d’école.    

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