Samedi est mort Larry King, sans doute l’intervieweur le plus célèbre des États-Unis. L’homme qui a fait de la radio à la télévision…

Larry King, ici en 2011
Larry King, ici en 2011 © AFP / Aleksey Ushenkov / Sputnik

Ce qui frappe, avec ces géants américains, c’est que leur existence s’avère toujours "bigger than life". Larry King a fumé trois paquets de clopes par jour, été terrassé par un infarctus, suivi d’un quintuple pontage, a continué de bosser 35 ans après ça. Il s’est marié sept fois, a eu une tripoté d’enfants, a enterré deux d’entre eux. Larry King s’est refait les dents et teint les cheveux jusqu’au bout. Il portait ceinture ET bretelles. Des bretelles criardes supposées s’accorder ou contraster avec ses cravates. Les plus moches d’Amérique. 

Larry King sur CNN, l’homme aux 50 000 interviews. Dans les années 1990, son face-à-face faisait l’élection présidentielle. Du moins, aimait-il à le clamer. Larry King, un égo surdimensionné et un style inimitable, à la fois cash et connivent, sans danger pour l’invité. Son credo ? Moins on en sait, meilleures sont les questions. Si je lis le livre ou je vois le film du type en face de moi, je perds toute ma curiosité et n’ai plus rien à lui demander. L’impréparation revendiquée. Certes, il faut toujours se méfier des postures, surtout avec les rois de la com. Mais bon, j’ai revu hier Larry King interviewant le Dalaï-Lama et Madonna. Au premier, il commence par demander la différence entre le bouddhisme et le christianisme, le judaïsme et l’islam. A la seconde, il demande d’où elle sort un surnom pareil. Consternant. Aucun d’entre nous, après avoir un poil travaillé, n’aurait osé ! 

L’immense force de Larry King, c’est une présence et spontanéité inégalées. "Je ne suis pas journaliste, je suis là pour faire parler les gens" répétait-il. Larry King arrive en 1985 à CNN et casse les codes de ce robinet à news, avec un format long, sans modules, sans image. Lui seul, dans un studio noir sans écran. La table est volontairement étroite pour rapprocher l’invité. Un corps à corps et une caméra qui n’a qu’une chose à sublimer, le regard perçant de Larry King qui ne lâche pas le téléspectateur des yeux. Sur la table, il a posé son fétiche, un gros micro vintage dont il a fait un symbole et un logo. Jean-Jacques Bourdin lui a tout piqué. D’où vient-elle, à votre avis, cette dramaturgie ? Deux personnes, un regard, un micro ? De la radio. Larry King en a fait 25 ans. Il a continué à la télé.  

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