Petite réflexion sur un mot qui a dominé l'année : le mot « plateforme ». Uber ? Une plateforme. Spotifiy, Deezer ? Des plateformes. Deliveroo ? Une plateforme. Doctolib ? Une plateforme, évidemment. Le Bon Coin ? Une plateforme. Amazon ? Une plateforme. Netflix ? Encore une plateforme !!

"Ne dîtes plus site Internet, dites plateforme"
"Ne dîtes plus site Internet, dites plateforme" © Getty / Photographer is my life

Ne dites plus jamais « site internet », c'est plouc. A l'ère du numérique, à l'ère des géants du Web et de leurs algorithmes surpuissants, « plateforme » désigne un lieu d’échange dématérialisé où se rencontrent l'offre et la demande. 

L'offre et la demande, donc, la loi du marché. Les plateformes constituent l'alpha et l'oméga de nos vies marchandisées

Elles transforment les modalités du travail (il s’ubérise), de la consommation, de la culture, de la circulation de l'information, de la sociabilité. Les plateformes qui s'immiscent dans nos existences. On s'émerveille, on en parle, on en dépend.

Mais, avez-vous réfléchi à ce terme qu'on vous serine à longueur de temps ? Les « plates » - « formes ». Les formes PLATES. Avez-vous songé que la platitude a été érigée en modèle, en horizon, en matrice ? La platitude des plateformes. 

Avez-vous réfléchi à cet adjectif « plat » ? A l'idée que ce qui est plat ne présente ni relief, ni caractère ? A l'idée que ce qui est plat n’a pas de fond ? A l’idée que ce qui tombe à plat… échoue ? A l'idée que ce qui est mis à plat n'est plus à découvrir ? A l’idée qu’un homme à plat est un homme à terre ? A l'idée que la Terre est plate, soit le plus grand renoncement au Savoir et à la Culture que l'humanité ait pu imaginer ? 

"Plateforme", ce maître mot me plonge dans un abyme

Je crois que je suis d'une génération que la platitude ennuie et que l'ennui révolte. Je crois que j’aime les aspérités, les luttes, les doutes, les trous, les colères, les amours, les désirs, les absences. Tout, sauf le plat. 

Je crois que je suis d'une génération qui aime les mots, tout simplement, fussent-ils des mots d’ordre. Je crois à la fonction performative du langage. Et je me dis qu’une vie régie par les plateformes est une vie efficace, mais une vie littéralement aplatie. 

A contrario, je vous souhaite un bel été. Que les plateformes restent plates. Et que VOUS, vous soyez très en forme, très en rondeur, très en santé, très en liberté. 

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