Reporters sans Frontières publie un nouveau rapport, au constant sans appel : la meilleure manière de censurer la presse, c'est d'empêcher la distribution des journaux.

Quand la meilleure manière de censurer la presse, c'est d'en empêcher la distribution
Quand la meilleure manière de censurer la presse, c'est d'en empêcher la distribution © Getty / Jose Manuel Espinola Aguayo / EyeEm

On ne s’émeut que du sort fait aux journalistes. Mais sans les rotativistes, les transporteurs, les kiosquiers et même les crieurs, ils ne toucheraient jamais leurs lecteurs. Au Cachemire, conduire un camion plein de journaux s’avère un métier mortel. Au Mexique, les « voceadores », vendeurs de rue, cibles et symboles faciles – ils brandissent l’information à mains nues - sont insultés, agressés, mais aussi assassinés.   

Rappelons que la presse n’est pas encore complètement dématérialisée. Elle demeure massivement faite d’encre et de papier. D’ailleurs, il y a des pays, comme le Venezuela, où du papier on n’en trouve plus. Conséquence : l’information s’écrit, mais ne s’imprime plus. Une cause jamais citée lorsqu’on liste, là-bas, les entraves à la liberté d’informer. Au Soudan ou au Brésil, les saisies se multiplient à l’intérieur même des l’imprimerie. En Egypte, c’est une négociation avec les autorités : tu retires ton enquête ou je bloque les presses.         

Le transport, maintenant 

Immobiliser un journal, l’empêcher de circuler, peut s’organiser à grande échelle. La Russie est un territoire immense. Les tarifs postaux y ont plus que triplé, et, vlan, la subvention publique s’est envolée. Au Kosovo, on fait barrage à l’information serbe en augmentant tout simplement les tarifs douaniers de 100%. Parfois, les frontières sont tout simplement déclarées infranchissables. « Jeune Afrique » est journal non-grata en Algérie.  

Le point de vente, enfin 

Il concentre 40% des actes de censures dans le monde. Les correspondants de RSF racontent comment à Madagascar ou au Togo lorsqu’une édition déplaît aux autorités, de faux lecteurs sont envoyés à l’ouverture des marchands de journaux pour acheter tous les exemplaires en quelques minutes. Le titre de presse devient ainsi invisible. Invisible, également, toutes les publications d’opposition en Pologne. Les kiosquiers étant priés de ne mettre en avant que les médias pro-gouvernementaux. Et ainsi de suite … 

Sans oublier qu’en France, oui, oui, en France, semaine après semaine, des gilets jaunes ont bloqué des entrepôts de presse quotidienne régionale, menacés des chauffeurs-transporteurs, incendiés des kiosques pour s’en prendre à un système médiatique qu’ils estiment « au service des pouvoirs ». C’est tout le paradoxe des distributeurs de presse, dernier maillon de la chaîne, le moins rémunérateur et le moins puissant, mais par essence le plus visible, donc aussi le plus fragile. 

  • Ces journaux qui n'arrivent jamais : le rapport de Reporters sans Frontières est à retrouver ici
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