Ce soir, TF1 diffuse deux épisodes de « Joséphine ange gardien » qui font déjà polémique.

Mimi Mathy, héroïne de "Joséphine, ange gardien"
Mimi Mathy, héroïne de "Joséphine, ange gardien" © Getty / Sylvain Lefevre

Parce que Mimie Mathy, actrice de petite taille qui interprète l’héroïne de cette série populaire depuis 22 ans maintenant, s’en retourne au 19ème siècle – oui, elle a des superpouvoirs – pour y aider les esclaves d’une plantation antillaise. 

Certains militants s’en étranglent. A leurs yeux, un tel scénario relève du « white saving », glorification du sauveur blanc, un type de mise en scène très décriée aujourd’hui. D’autant plus choquante que, dans le cas de Joséphine, on invente un personnage de libérateur blanc dans une Histoire où les Blancs furent sans conteste les oppresseurs. 

Le Cran, conseil représentatif des associations noires, défend pourtant l’approche de la série. Et il vrai – je l’ai regardée de bout en bout – que tout y raconté : le corps supplicié des esclaves, les agressions sexuelles que subissaient les femmes, le rôle clé du marronnage, le code noir, les enfants noirs devenus ténors de l’émancipation et même, les refus de mémoire concernant l’esclavage. C’en est scolaire, on sent qu’il a fallu cocher toutes les cases. 

Mais qui s’en plaindrait ? Il y a encore peu de temps, c’était inenvisageable en prime time, tant les Noirs étaient inexistants sur nos écrans. Je me permets un détour : quand la télévision française osera-t-elle son « Roots » ? Le téléfilm sur l’histoire de l’esclavage, diffusé par ABC en 1977, un succès colossal, un choc pour le public américain. La France et son rôle dans le commerce triangulaire, il y aurait matière, non ? 

Seulement voilà, ce n’est pas Mimie Mathy sur TF1 qui s’en chargera. Pourquoi ? Parce que l’enjeu, à cette heure-là, sont les cibles commerciales, ménagères avec enfants que visent les annonceurs. Joséphine est super marrante, le scénario est malin et bien fichu. En fait, ce qu’il y a de très dérangeant ici, c’est le traitement. Tout est propre, joli, aseptisé, badin, la violence ne fait jamais trop mal. A un enfant esclave et une petite fille de planteurs blancs, Mimi dit : "Faites vous un bisou".

Voilà, des bisous. La traite négrière façon « Petite maison dans la prairie », avec des blagues en plus. Déplacez l’affaire à n’importe quel autre crime contre l’Humanité et vous vous demanderez si l’esclavage peut, ou non, faire l’objet d’un sympathique divertissement familial.   

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