L’acteur Kenneth Branagh va interpréter le rôle de Boris Johnson dans une série britannique sur la crise du Covid.

Kenneth Branagh
Kenneth Branagh © Getty

Encore une fois, les Anglais vont tirer les premiers. Encore une fois, la télévision britannique va faire ce qu’elle sait faire de mieux : une série politique. Mieux, une fiction tirée de l’actualité en temps presque réel. C’est une tradition british et une tradition d’excellence, probablement unique au monde. Les hommes politiques sont encore en poste qu’un acteur endosse à l’écran leurs affres, leurs fautes et leurs coups d’éclats en prime time.

Il y a une référence, révérée par tous en la matière, Peter Kosminsky. En 2003, se suicide un expert britannique en arme bactériologique. Il a été la marionnette du gouvernement Blair pour pousser à la guerre en Irak. Dès 2005, sur une chaîne publique, Peter Kosminsky signe une mise en scène cinglante de cette affaire alors que Tony Blair est encore au pouvoir ! Inimaginable chez nous.

En France, on attend prudemment que les scandales refroidissent, que les juges rangent leurs dossiers et que les hommes politiques meurent ou yoyotent pour laisser libre cours à l’adaptation cathodique. Le service public a incarné les grands fauves de la Vème République : De Gaulle, Pompidou, Giscard, Chirac et consort mais après coup. Canal+ a ancré d’excellents téléfilms dans les zones d’ombres de la République, le sang contaminé, l’assassinat de Yann Piat, le SAC de Pasqua, le Rainbow Warrior de Mitterrand, mais là aussi, le temps avait éteint les polémiques. France 3 a osé une fiction sur le suicide Robert Boulin, étayant la thèse du crime d’Etat. Le clan Chirac s’en est offusqué… 34 ans après les faits ! L’exception, c’est peut-être « La Conquête », de Xavier Durringer, retraçant la campagne de Nicolas Sarkozy et la crise de son couple alors qu’il est président. C’était du cinéma, pas de la télé.

Le petit écran français a pourtant fait des pas de géants. « Baron Noir » sur Canal+ et « Jeux d’influence » sur Arte s’avèrent d’une remarquable acuité sur les coulisses du pouvoir et d’une absolue contemporanéité, mais tous les personnages y portent des noms imaginaires. Pas de transposition frontale. Les Anglais, eux, lorsqu’ils tirent du référendum de 2016 une fiction télé, carrément titrée « Brexit, the uncivil war » (Brexit, la guerre civile), ils appellent un chat un chat et diffusent un portrait au vitriol de Dominic Cummings, conseiller de l’ombre, qui va être nommé aux côtés du premier ministre quelques mois après. Ou comment la télévision peut s’avérer, par le biais de sa fiction, un rouage de la démocratie, pour ne pas dire un contrepouvoir.  

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