À la veille du Festival de l’information locale qui aura lieu à Nantes, on s’interroge. Existe-t-il, en France, des déserts de presse comme on le constate aux Etats-Unis ?

Un kiosque à journaux fermé, à Paris
Un kiosque à journaux fermé, à Paris © AFP / HOCINE ZAOURAR

En Amérique du Nord, 1800 journaux ont disparu depuis 2004, 200 comtés vivent sans quotidiens locaux, 1500 comtés n’ont qu’un hebdo, selon l’étude publiée par l’Université de Caroline du Nord l’année dernière. Chez nous, pas encore, chaque département demeure couvert par un quotidien au minimum. Mais seuls 17 départements disposent d’au moins 2 quotidiens locaux appartenant à deux groupes différents. Cela signifie que, partout ailleurs, il n’y a plus de concurrence, plus d’émulation, plus de remise en question. Donc d’autant moins de liberté face aux potentats économiques et politiques locaux. 

Médiacités, site d’info indépendant qui propose des enquêtes en région, a interrogé pendant deux mois toutes les rédactions de la presse quotidienne régionale et départementale. Les 3 quarts des journaux ont répondu. Verdict : en dix ans, leurs effectifs ont chuté de 12,5%. Que donne-t-on dès lors à lire aux lecteurs ? Toute la presse locale française appartient à 8 propriétaires qui se partagent le territoire. Premier réflexe, mutualiser des articles, des cartes, des photos reprises par toutes leurs rédactions. Nos journaux se ressemblent, donc ils s’appauvrissent. Pire, on a parfois des titres strictement identiques dont seule la Une change comme La Nouvelle République du Centre et Centre Presse à Châtellerault. 

Médiacités sonne également l’alarme sur la fermeture accélérée des agences de presse locale depuis 2009. Au moins 108 ont disparu, comme celle de Sud-Ouest à Auch, celle de La Montagne à Limoges, celle du Populaire du Centre à Brive. Il est de nombreux territoires, en France, donc, où les journalistes viennent seulement quand une certaine actualité les y appelle, mais où ils ne vivent plus. Cela change beaucoup de choses. A propos de la crise des gilets jaunes, une reporter du Dauphiné Libéré, qui a fermé 7 agences en 10 ans explique : « sur les ronds-points, je ne connaissais plus les gens ». 

Par ailleurs, l’étude américaine qui a servi de modèle à l’enquête française dont je vous parle s’est penchée sur la qualité des informations publiées, dénombrant 1500 titres devenus de simples supports publicitaires. Pour les autres : seuls 17% des articles concernent les zones où vivent les lecteurs et près de la moitié des papiers proviennent d’autres journaux. Ce travail a été réalisé à l’orée des élections de mi-mandat aux Etats-Unis, montrant des citoyens de moins en moins informés sur les conséquences locales du scrutin et du coup, votant de moins en moins. Rappelons qu’en France, le local est un enjeu crucial, les municipales sont notre prochaine échéance. 

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