La France ne compte que deux grandes usines fabriquant du papier journal. L'une d'elles aura peut-être fermé d'ici un mois.

Environ 250 000 tonnes de papier recyclé sortent de l’usine de Chapelle-Darblay, chaque année.
Environ 250 000 tonnes de papier recyclé sortent de l’usine de Chapelle-Darblay, chaque année. © Maxppp / PHOTOPQR/OUEST FRANCE/Xavier Oriot

La Chapelle-Darblay à Grand Couronne, près de Rouen. Son propriétaire, le groupe finlandais UPM, la lâchera le 15 juin. La mobilisation – blocage, manif et tam-tam syndical – n’a guère produit d’effet, aucun repreneur n’a donné suite. Hier, une cinquantaine d’élus normands ont interpellé Édouard Philippe, lui-même natif de la région. 

La Chapelle-Darblay travaille pour toute la presse française magazine et quotidienne. Seulement voilà, les tirages baissent inexorablement. Vous avez une idée du nombre d’exemplaires qu’impriment nos journaux chaque année ? 3,2 milliards, rien qu’en France. Ça paraît colossal, non ? Pourtant, il y a tout juste 10 ans, ils tiraient 4 milliards d’exemplaires. 

Cette semaine, le Financial Times, grand quotidien économique britannique, évoquait sans tabou la fin de son édition papier. Il ne sera ni le premier, ni le seul journal à déserter les imprimeries. Chez nous, on parle beaucoup des conséquences sur la distribution de la presse. Moins d’exemplaires à transporter, des camions qui tournent à vide, un système en faillite. Et si on s’intéressait à la filière du papier ?

Sans pages de publicité, les journaux n’ont plus les moyens de payer le papier. Cette année, L’Express annonce là encore sans tabou qu’il fait des économies en imprimant sur un papier plus fin, avec moins de pagination, mais plus de texte, donc moins de marges, moins d’illustration. Compter le papier a une incidence directe sur la façon d’informer. Y renoncer aussi.

La fermeture de la Chapelle-Darblay menace 250 emplois directs et plus d’un millier d’emplois indirects... Elle menace aussi toute une filière de recyclage. Car elle est la seule usine à produire du papier 100% recyclé. Sa capacité de recyclage atteint les 380 000 tonnes par an. Elle possède une puissante chaufferie biomasse et une station d’épuration. 

L’autre usine implantée sur le sol français se situe à Golbey, dans les Vosges. Elle appartient à des Norvégiens et crache 600 000 tonnes de papier par an, à partir de papiers récupérés et de bois. Toutefois, elle ne fournit que les quotidiens. Nos deux usines exportent dans toute l’Europe – la France honore encore sa tradition papetière -, mais la fermeture de la Chapelle Darblay obligera immédiatement les magazines tricolores à se fournir à l’étranger… c’est-à-dire en Espagne, Suède, Finlande, mais surtout en Allemagne dont les capacités de production de papier ne cessent d’augmenter. 

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