C’est une situation inédite dans l’histoire de la politique américaine : Michael Bloomberg, candidat à l’investiture démocrate, est aussi patron d’un groupe de médias. Un groupe de médias qui porte son nom et qu’il a fondé en 1981, Bloomberg LP.

Michael Bloomberg
Michael Bloomberg © AFP / Drew Angerer / Getty Images North America

Au départ, Bloomberg LP est un réseau d’information financière qui vendait à ses clients une visibilité en temps réel sur les taux d’intérêts via des terminaux informatiques dotés de messageries. Visionnaire. Tout cela avant Internet. Bloomberg s’est diversifié depuis, offrant un traitement général de l’actu à une clientèle d’affaires. Chaines de télévision, chaines numériques, radios, presse magazine, gestions de données et sites d’info. C’est une gigantesque compagnie particulièrement influente dans le monde anglo-saxon, mais également au Moyen Orient et en Asie. 

D’où un long message adressé par le directeur des rédactions à toutes ses équipes. Il commence ainsi : « So Mike is running », « Ainsi, Mike entre en campagne ». Mike, c’est le diminutif du milliardaire Michael Bloomberg qui, fortune faite, s’est éloigné du business, certes, mais qui demeure la figure tutélaire et emblématique de l’entreprise. Le directeur des rédactions préfère assumer frontalement cette familiarité. De même, qu’il égraine un à un les noms des membres du conseil d’administration partis constituer l’équipe du « boss ». Qui lui-même n’affiche qu’une volonté, celle de dégommer Donald Trump

Situation embarrassante, vous en conviendrez, pour des médias supposés couvrir une campagne électorale, décortiquer des programmes, évaluer des promesses de candidats et dresser le bilan du président sortant. La lettre du directeur des rédactions de Bloomberg se révèle aussi habile que sans ambages. L’homme dit ne pas croire aux pétitions de principe. La valeur ajoutée et la fiabilité du journalisme ne se décrètent pas mais se jugent sur pièce. Il rappelle que le groupe Bloomberg l’a déjà vécu lorsque Michael Bloomberg s’est présenté à la Mairie de New York en 2002, puis lors des deux élections municipales suivantes. Ses médias n’en auraient pas perdu de leur crédibilité. 

Peut-être. 

Peut-être aussi que le groupe Bloomberg effectuera un traitement irréprochable de la primaire démocrate, puis de la présidentielle. Mais comment imaginer que Michael Bloomberg ne sera pas sans cesse soupçonné d’instrumentaliser ses médias, si implantés dans les milieux d’affaires ? La question reviendra sans cesse, elle est légitime.

Le conspirationnisme sur les puissances de l’ombre qui nous gouvernent, lui, ne l’est pas. Ses origines juives, son passé de banquier d’affaires, ses milliards, ses médias, Michael Bloomberg coche toutes les cases de ces personnages fantasmatiques que les complotistes imaginaient déjà derrière Hillary Clinton. Lui, il sera devant. 

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