Quatre grands médias brésiliens renoncent à couvrir les points presse informels du président Bolsonaro.

Et pas n’importe lesquels. Parmi eux, Le Grupo Globo, plus grand groupe média d’Amérique latine, et la Folha de São Paulo, principal quotidien du pays. Ces moments d’échanges impromptus avec le président se déroulent à l’extérieur du Palais Alvorada, chaque matin. Jaïr Bolsonaro marque l’arrêt. Il salue ses partisans, commet quelques selfies et lâche une poignée de déclarations clés aux médias, reprises en boucle durant la journée. Une façon de donner le la de l’actualité. 

Seulement voilà, le cordon de sécurité entre les militants et la presse s’avère trop léger. Les journalistes, harangués, insultés, bousculés. Un photographe carrément cogné. Globo et la Folha estiment la situation trop dangereuse pour leurs envoyés spéciaux. Ils ne s’approcheront plus. 

Il fallait s’y attendre. Le leader d’extrême droite a multiplié les doigts d’honneurs à l’adresse de la presse depuis son entrée en campagne, donnant l’exemple à ses plus fervents supporters. La crise a encore envenimé la situation. « Il n’y a qu’une chose qui soit pire que le coronavirus », a lâché Jaïr Bolsonaro en début d’épidémie, « c’est le média virus ». Amabilité que les médias lui rendent bien. Face à l’inflation de fake news sur la situation sanitaire mondiale et brésilienne, tous les journaux du pays – incroyable opération - ont décidé de paraître fin mars avec la même Une et le même édito : « Ensemble, nous allons vaincre le virus : Unis pour l’information et la responsabilité ». Message qui soulignait la défaillance des pouvoirs publics. Les titre de Grupo Globo et la Folha de São Paulo faisaient partie de la fronde. 

Mais cela ne suffit pas à expliquer l’acharnement des militants contre ces deux médias en particulier. Jaïr Bolsonaro les a lui-même en ligne de mire. Dès octobre 2019, le leader d’extrême droite se représentait, dans une vidéo diffusée sur Youtube, sous la forme d’un lion encerclé par des hyènes. Deux de ces charognards portaient les logos du Grupo Globo et de la Folha de São Paulo. Après son élection, Jaïr Bolsonaro a déclaré vouloir résilier tous les abonnements des institutions publiques à ce quotidien qui pointe sans cesse ses dérives autoritaires. Quant au Grupo Globo, d’ordinaire si coulant avec les forces au pouvoir, Jaïr Bolsonaro a menacé de ne pas renouveler ses concessions audiovisuelles en 2022. Les admirateurs du président n’ont eu qu’à se couler dans le moule. Transformant, au pied du Palais, les menaces en coups et en crachats. 

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