C’est le désarroi le plus total à la télévision publique algérienne. Crise de gouvernance inattendue sur fond de crise éditoriale déballée au grand jour.

La télévision publique algérienne dans la déroute...
La télévision publique algérienne dans la déroute... © Getty / Jeremy Hogan

Je vous parle d’un vaste groupe, EPTV, établissement public de télévision, comprenant plusieurs chaînes généralistes dont Canal Algérie et ENTV, régionales, nationales, arabophones, francophones et même berbères. Le directeur général en a été limogé avant-hier. A sa demande. Il n’arrivait plus à contenir cette bronca inédite dans l’histoire du journalisme algérien. Lettres ouvertes de ses reporters et présentateurs, sit-in, manifs, démissions surprises, retrait volontaire de l’antenne, le tout pour dénoncer « la censure ». Les rédactions de ces chaînes publiques sont fracturées. Une partie d’entre-elles poussant à se libérer des chaînes du pouvoir. 

Or, l’Etat voulait reprendre la main et nomme à la tête de l’audiovisuel public un journaliste aguerri, Lotfi Cheriet

Qui est Lotfi Cheriet ? 

Son curriculum vitae en fait un pilier du règne médiatique sans partage d’Abdelaziz Bouteflika. Lotfi Cheriet a dirigé la communication de la troisième campagne du président. Puis, en 2014,  il chapeaute un projet télévisuel singulier, Wiam TV.

Entièrement financée par des hommes d’affaires, bailleurs de fonds du président sortant, cette chaîne est à la gloire de son bilan. Le gouvernement lui donne le droit d’utiliser l’intégralité des archives de la télévision publique et d’employer ses salariés. Objectif de cette télé : faire réélire Bouteflika une quatrième fois. 

Lotfi Cheriet intégrera ensuite, dès sa création, l’ARAV, l’Autorité de régulation de l’audiovisuel. Ce qui rend, selon les textes, caduque sa nomination. On ne brigue pas de poste dans les entreprises qu’on régule. Mais bon. Il s’était entre temps attelé à la réalisation d’un documentaire choc titré « Pour que nul n’oublie… ». 

Les atrocités de la décennie noire. « Pour que nul n’oublie… », sans doute, pourquoi Bouteflika était là. Lotfi Cheriet était donc en ordre de bataille pour le cinquième mandat. Sauf qu’il n’y en aura pas. Que le président est sommé de démissionner. Donc, à peine le nouveau directeur général des chaines publiques de l’EPTV, est nommé qu’il est frappé d’illégitimité. Situation surréaliste et catastrophique dans cette tempête politique. N’allez pas croire que 42 millions d’Algériens s’informent sur Facebook. Certes, les réseaux jouent un rôle clé dans la mobilisation populaire, mais la télévision – notamment publique – demeure un vecteur majeur d’information dans tout le pays, y compris les provinces les plus reculées. 

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