Le jour de Noël, les téléspectateurs britanniques ont pu voir la reine se lancer dans une chorégraphie endiablée, debout sur son bureau...

C'est un discours de Noël un peu particulier qu'a diffusé la chaîne britannique Channel 4. On y voit la reine, digne comme toujours, à son bureau, prononcer un discours qui, très vite, déraille. Elizabeth II explique que pour une fois, elle va pouvoir parler franchement - et là elle se lâche : elle enchaîne les vannes sur les princes Harry et Andrew (des sujets pourtant très embarrassants pour la monarchie britannique), et se permet aussi de tacler le premier ministre Boris Johnson.

La reine ne s'arrête pas là : alors que son époux a le dos tourné (car il roupille devant Maman j'ai raté l'avion 2), elle confie qu'elle adore l'application TikTok. Et là, clou du spectacle : elle se lance dans une choré' énergique, debout sur son bureau, pour la publier sur l'application du moment. 

Bon, vous l'aurez deviné : tout ça, c'est une parodie

La vraie Elizabeth II a bien prononcé un discours de Noël, comme elle le fait chaque année, mais sur une autre chaîne, la BBC, et évidemment c'était beaucoup plus... ennuyeux.

Mais ce n'est pas n'importe quelle parodie qu'a diffusé Channel 4 : c'est un « deepfake », vous savez, cette technologie qui permet de remplacer le visage d'une personne par celui d'une autre. C'est pour ça que ce faux discours est si efficace à l'image : on dirait vraiment que c'est la reine qui parle et qui danse.
 

Des téléspectateurs se sont fait avoir par ce deepfake ?

Non, la séquence était trop absurde pour que les Britanniques se fassent berner, et de toutes façons, l'astuce a été dévoilée à la fin de la vidéo. Car justement, le but affiché de Channel 4, avec ce faux discours, ce n'est pas seulement de faire rire : c'est aussi de sensibiliser aux risques de cette technologie, à l'ère des fausses informations.

Le problème, c'est que ça n'a pas fait rire tout le monde. Indignation sur les réseaux sociaux : « on a manqué de respect à la reine ! », « c'est de mauvais goût ! », et même le politicien Nigel Farage, icône anti-brexit, a twitté : « Comment osent-ils ? »

Ca, c'était pour les admirateurs de la reine. Mais du côté des spécialistes des fake news et des deepfakes, on est aussi dubitatif. Pour eux, cette initiative a tendance à exagérer la menace représentée (aujourd'hui) par les deepfakes politiques.

Et puis bon, il y a de quoi être un peu lassé : ça fait presque deux ans maintenant que des médias, et parfois des ONG, fabriquent régulièrement des deepfakes à des fins de sensibilisation. On en a vu de Barack Obama, Donald Trump, Vladimir Poutine... Et en fait on se rend compte que ce sont surtout eux qui produisent ce genre de deepfakes – en tout cas beaucoup plus, aujourd’hui, que de vils manipulateurs. Finalement, aujourd’hui, les deepfakes politiques servent surtout à alerter sur les dangers des deepfakes politiques.

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