"L’Humanité", le journal fondé par Jean Jaurès il y a plus de cent ans est en péril : le tribunal de commerce le placera-t-il demain en liquidation ?

Le Journal "L'Humanité"
Le Journal "L'Humanité" © Daniel Fouray / Ouest France

D’un journal lourdement endetté et de 84 cartes de presse qui font le quotidien les yeux rivés sur le « tic-tac-tic-tac » de la pendule. Dans 48 heures, le tribunal de commerce placera, ou non, l’Humanité en liquidation. Le journal communiste va plaider la continuité de son exploitation espérant une mise sous observation de quelques mois. Mais ceux à qui j’ai pu parler, ce week-end à la rédaction, sont plongés dans l’angoisse et l’incertitude. Tous décrivent une équipe sans moyens, qui a réduit sa pagination et ne peut plus partir en reportage, mais qui, chaque jour, « s’arrache » pour arriver à boucler une édition digne de ce nom. 

Depuis 18 ans, L’Huma lance des souscriptions auprès des lecteurs. 

Une nouvelle vient d’être ouverte. Chaque fois, l’élan est éclatant. 2 millions d’euros recueillis en 2018, dont 1 million en décembre après la publication d’une tribune disant « nous sonnons le tocsin, après c’est la fin ». Vous me direz, si les gens sont si attachés à ce journal, ils n’ont qu’a l’acheter ! L’Humanité ne vend en effet plus que 33 000 exemplaires dont 5000 en kiosque. Mais encore faut-il le trouver ! Le titre ne peut plus arroser tous les points de vente de France, chaque invendu lui coûte trop cher. Le journal est placé au compte-goutte là où deux-trois lecteurs le réservent, pas les moyens d’en envoyer un de plus. Ainsi, même là où L’Huma est encore proposé, il est devenu invisible sur le présentoir du marchand de journaux. L’Humanité a pour ainsi dire disparu des kiosques. 

Vous me direz, y a les abonnements ! Et ils ont augmenté de 6% ! Oui, mais les lecteurs ne sont pas riches et quand ils ne peuvent plus renouveler, le journal leur fait une ristourne. Quant aux abonnements numériques, c’est le piège du petit prix. A moins d’être Le Monde ou Le Figaro dont les volumes sont énormes, les autres s’en sortent mal ou plus du tout. 

Reste l’indépendance de L’Humanité, question brûlante de ces prochaines heures. Le journal propose de s’allier à des acteurs de l’économie sociale et solidaire, des mutuelles, des coopératives. Les banquiers attendent des actionnaires qui pèsent lourd à l’image des hommes d’affaires propriétaires de la presse française. L’Huma n’en veut pas. Sinon L’Huma n’est plus L’Huma

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