Hier, le Conseil d’Etat a examiné le recours de deux journalistes empêchés de couvrir les évacuations des camps de migrants.

Un groupe de policiers près d'un camp de migrants à Calais
Un groupe de policiers près d'un camp de migrants à Calais © AFP / Denis Charlet

Nos impétrants se nomment Simon Hamy, rédacteur, et Louis Witter, photographe. Vous avez croisé les photos de ce dernier dans Libé ou Le Canard. De par le monde, il capture le quotidien des migrants, les heurts fréquents avec les forces de l’ordre. Maroc, Hongrie, Colombie, la pandémie l'a ramené au pays, en France. Au lendemain de Noël, les deux journalistes indépendants se mettent à quadriller le littoral nord avec l’intention de documenter, entre autres, les évacuations matinales.

Les problèmes commencent le 29, dans le bois de Puythouck, où vivent près de 300 personnes, près de Grande-Synthe. Barrages des gendarmes qui, sur ordre de la préfecture, instaurent un périmètre de sécurité. Périmètre comme lors des expulsions à Notre-Dame-des-Landes, périmètre comme lors des dispersions au barrage de Sivens. Les journalistes empêchés d’approcher. Mais à Puythouck, ils ne peuvent même pas apercevoir, ne serait-ce que loin, ce que les forces de l’ordre font dans ce bois. Louis Witter - souris qui se faufile pour échapper au chat - réussit en contournant le bosquet à attraper quelques images de tentes lacérées par les services de nettoyage accompagnant les gendarmes.

Même scénario, dans cinq lieux différents, du côté de Calais. Partout, les journalistes sont refoulés. A Coquelles, les agents obstruent à la main l’objectif de Louis Witter. Un phare directionnel installé sur le toit d’un camion de gendarmes le suit même dans ses déplacements afin de l’éblouir. Un officier glisse à Louis Witter, « allons, allons, circulez, les images, ça fait 30 ans que vous les avez ». Ça laisse songeur, non ?

Simon Hamy et Louis Witter déposent alors un référé-liberté au tribunal administratif de Lille qui leur est retoqué pour « défaut d’urgence ». Leur reportage est passé, comment prouver que de telles opérations vont se répéter ? Les éléments de langage du Ministère de l’Intérieur s'avèrent pourtant explicites en la matière. Les deux journalistes s’en remettent dès lors au Conseil d’Etat, avec la volonté d’être entendus sur le fond. Les témoignages de journalistes du Guardian ou de Radio France corroborent leur récit. Un texte de soutien signé par une kyrielle de rédactions les accompagne. Tous pointent ce déni de démocratie qui consiste à définir des zones d’ombres, des tâches aveugles, interdites au regard des médias. Décision du Conseil d’Etat, la semaine prochaine. 

L'équipe
Contact