L'Assemblée nationale a rejeté hier la modification de la publicité alimentaire à la télévision. Ça s’est joué en début d’après-midi. Le député de l’Isère Olivier Véran a échoué à faire insérer le Nutri-score, une nouvelle signalétique qui apparaît sur les produits préemballés, dans les spots de pub.

Les groupes alimentaires ont eu raison de Nutri Score, et l'Assemblée Nationale a rejeté l'interdiction de la pub pour les aliments trop gras à la télé
Les groupes alimentaires ont eu raison de Nutri Score, et l'Assemblée Nationale a rejeté l'interdiction de la pub pour les aliments trop gras à la télé © Getty / UniversalImagesGroup

Cinq lettres, de A à E. Le A est vert, il signifie des aliments pleins de fibres, de protéines, etc… Plus on va vers le E, plus on va vers le rouge, plus on s’empiffre de sucre, de sel et d’acides gras saturés.

Alors pourquoi le faire apparaître dans les réclames ? 

Parce que les arguments publicitaires continuent d’associer avec subtilité plaisir gourmand et promesses nutritives. Les "Pour votre santé, bougez plus" ou autres "Ne mange pas trop gras, trop sucré, trop salé", apposés aux messages depuis 2007, sont flous et usés jusqu’à la corde. Il n’empêche qu'à l’époque, ça avait été une bataille homérique de les imposer aux industriels et aux chaînes, car l’alimentation est le premier investisseur publicitaire en télévision.

Même combat, même levée de boucliers, cette année. Les groupes audiovisuels se sont mobilisés contre l’apparition du Nutri-score dans la publicité. Ça va faire fuir les annonceurs du secteur. "Ils nous rapportent 650 millions d’euros net par an", ont-ils écrit, en substance, au Premier ministre. Et ils n’ont pas tort. 

Prenez le paquet de céréales chocolatées de mes fils

Kellog’s a écrit en vert sur les paquets de Trésor que ces céréales sont pleines de "blé, d’avoine et de vitamine B", alors qu'elles contiennent 30 % de sucre et de l’huile de palme ! Imaginez le spot de pub dudit paquet avec un gros E rouge tamponné à l’écran. Je serais Kellog’s, je préférerais éviter de communiquer… D’autant que le Nutri-score est facultatif sur les emballages : Danone, Bonduelle, Fleury-Michon s’y sont mis, les produits Auchan ou Intermarché aussi. D'autres ne veulent pas s’y frotter. Le message est bien trop lisible. 

Côté chaînes de télé, les régies privées protègent le chiffre d’affaires. Mais chez France Télévisions ? On y attend, dans les jours à venir, des coupes budgétaires peut-être féroces. La question est donc : "Qui va payer pour nos chaines publiques ?" Si la pub fond à vue d’œil et si c’est beaucoup moins le gouvernement qu’avant.

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