Lu Guang, photographe chinois, immensément connu, a disparu depuis le 3 novembre.

Photographie de Lu Guang, sur la pollution d'une usine de fer et d'acier, dans la ville de Qian'an, en Chine.
Photographie de Lu Guang, sur la pollution d'une usine de fer et d'acier, dans la ville de Qian'an, en Chine. © Maxppp / Lu Guang - Greenpeace - Handout

C’est la dernière fois que son épouse a eu des nouvelles, selon la BBC hier. Lu Guang vit à New-York. Il était invité à donner une conférence à Xinjiang. C’est donc sur le territoire chinois qu’il s’est volatilisé. Sachez que ce photojournaliste, qui a remporté trois fois le prestigieux World Press Photo, s’avère fréquemment arrêté, menacé et passé à tabac lorsqu’il parcourt son pays natal. Et pour cause, Lu Guang met en lumière les tabous de la Chine, notamment depuis, les ravages apocalyptiques de la pollution. 

Vous trouverez facilement ses images en tapant son nom sur un moteur de recherche. A l’orée de la COP24, prenez le temps de les regarder. Leur perfection esthétique n’enlève rien à l’atrocité de ce dont elles témoignent. Les ciels noirs, les rivières luisantes d’hydrocarbures, les champs imbibés de métaux lourds, éventrés de galeries minières, les enfants aux membres difformes, les 50 cancéreux de Xinjiang qui fixent ensemble l’objectif. Lu Guang les avait immortalisés en 2005 au Nord Est de la Chine. « Je me souviens de Wang, 64 ans, qui ne pouvait plus se coucher tant son corps lui faisait mal. Il dormait assis. Il est mort peu de temps après », avait-il confié au journal Le Monde. Et le photographe d’alerter encore sur ces paysans qui boivent l’eau rougeâtre de régions où les usines enterrent leurs canalisation pour continuer de rejeter au fleuve des déchets toxiques, malgré l’interdiction. 

Infatigablement, Lu Guang a médiatisé ces scandales, attirant l’attention des autorités jusqu’au réveil politique du 18e congrès du Parti en 2012 et à l’accélération des mesures l’année dernière. Ses clichés n’en sont pas moins sans cesse supprimés d’Internet où Lu Guang pointe une censure de plus en plus rapide et sévère. Il a aussi maille à partir avec les pouvoirs provinciaux qui ne tolèrent pas plus que les industriels son immiscion dans les affaires locales.   

Disparu depuis un mois, donc, Lu Guang. Ne nous perdons pas en conjectures. Nous n’avons aucune information. 

Sachez simplement que la région du Xinjiang où le photographe devait se rendre est la région des Ouïghours, peuple musulman. Un million d’entre eux sont aujourd’hui enfermés des camps de rééducation. C’est la province où le pouvoir chinois a tout à cacher. Lu Guang a passé sa vie, lui, à tout montrer.

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