Les relations s'enveniment entre la presse et le Ministère de l'Intérieur, sur la question du "Schéma national du maintien de l'ordre".

Mouvements contre la loi travail, Gilets Jaunes, 1er Mai chauds bouillants, débordement de supporters… Ce texte prend acte de « l’infiltration plus systématique de casseurs au sein des cortèges » et fixe aux forces de l’ordre une doctrine en matière de gestion des manifestations. Au passage, le ministère se targue de préciser les droits et devoirs des journalistes qui couvrent les évènements sur le terrain. Pourquoi ? Sans doute pour juguler la multiplication de reporters indépendants couvrant ces évènements, et avec eux, la multiplication de documents mettant en cause les agissements des autorités. Le ministère reprendrait ainsi la main sur le débat national soulevé par les violences policières.

Résultat : un texte hautement liberticide ainsi que l’ont pointé d’une seule voix la semaine dernière 40 médias aussi différents que France Inter, BFM TV, L’Humanité, Marianne, CNews ou encore RTL. Le Syndicat national des journalistes et la Ligue des droits de l’Homme demandent désormais, par le biais d’un référé, au Conseil d’État, de suspendre l’application de ce texte. Réponse attendue dans les heures qui viennent. 

Je vous rappelle ce qui se joue. D’abord, le fait que se maintenir dans un attroupement après sommation et appel à la dispersion constitue un délit, y compris pour les journalistes. Mais comment vous raconter ce qui se passe dedans s’il nous est imposé de rester en dehors ? Qui définira le bienfondé de la place d’un reporter dans des situations aussi mouvantes ? « Dedans », le journaliste peut être interpellé comme le casseur qu’il est en train de filmer. Dehors, il est exempt de toute poursuite judiciaire car « à sa place » de journaliste, selon le ministère. Insensé. 

Ministère qui restreint – de manière abusive et contraire au code du travail – le statut de « journaliste » aux « titulaires d’une carte de presse ». Nombreux étant ceux qui ne la possèdent pas, cela exclut la présence d’une partie des reporters sur le terrain qui se retrouvent délégitimés de leur fonction, donc réduits au rang de simples agitateurs. Pour faire le tri, le ministère souhaite, sur les manifs, « un officier référent » et des journalistes « accrédités auprès des autorités ». Du jamais vu. 

Quant au matériel de protection des reporters (casque, gants, masque anti-gaz), ils y ont droit, « dès lors que leur identification est confirmée et leur comportement exempt de toute infraction ou provocation ». Provocation, vraiment ? 

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