La journaliste britannique Samira Ahmed poursuit son employeur, la BBC, en justice.

Je vous présente Samira Ahmed. Vous allez me dire : elle a l'air très bien, très pro, cette journaliste. Mais attendez un peu d'entendre son collègue Jeremy Vine. Ce monsieur a beaucoup de talent. Il mérite, à n’en pas douter, d'être payé sept fois plus que sa consœur. Oui vous avez bien entendu, sept fois plus : 3.000 livres par émission, contre 440 livres, à poste équivalent. Voilà la raison de la plainte de Samira Ahmed ! 

Le procès a démarré hier à Londres. Évidemment, les avocats de l'employeur vont tâcher de prouver que les deux programmes n'ont rien à voir : horaires différents, audiences différentes. Et de fait, certaines voix se sont élevées pour dire que Points of view, l'émission de Jérémy Vine, était beaucoup plus célèbre que Newswatch, celle de Samira Ahmed. C’est toujours le problème, dès qu’on compare deux fiches de paie, quel que soit le métier : il faut prendre en compte l’expérience de chacun, les appels du pied de la concurrence, les arguments de la négociation salariale sont innombrables.  

Mais au-delà du contentieux judiciaire, cette histoire pose la question du rôle des médias (et en particulier des médias publics) dans le combat pour l'égalité salariale entre les femmes et les hommes. Depuis 2016, la BBC est en effet obligée de publier les salaires annuels de ses employés les mieux payés : ceux qui sont au-dessus de 150.000 livres par an (ce qui correspond à 170.000 euros environ). La direction du groupe y était opposée, mais les autorités britanniques ne lui ont pas laissé le choix. 

Et comme prévu, la liste rendue publique a fichu un sacré bazar. Sur les 96 personnes les mieux payées, un tiers seulement étaient des femmes. What a surprise ! La femme la mieux rémunérée gagnait 4,5 fois moins que le plus gros salaire, Chris Evans, présentateur de Top Gear. Immense polémique. Résultat, le patron de la BBC s'est engagé à atteindre l'égalité salariale en 2020. Chiche qu'ils y arrivent avant le Brexit ! Le mouvement est lancé, en tout cas. L'année dernière, six présentateurs stars ont accepté de baisser leur salaire pour s'aligner avec les femmes (dommage qu'on nivelle par le bas, me direz-vous, mais sinon ça coutait trop cher). Et parmi les six, figure Jéremy Vine, celui qui valait sept fois plus que sa collègue.

Oui, les médias peuvent montrer la voie. Et si nous prenions exemple sur la BBC ? Et si France Télévision (voire Radio France), médias financés par le contribuable, rendait public ses plus gros salaires ? Non, en France ça ne se fait pas, répondra-t-on. Question de culture ! En France, la discrétion est de mise sur les rémunérations. Mais interrogeons-nous : les différences de salaires entre les hommes et les femmes ne seraient-elles pas, au fond, la vraie justification de ce prétendu tabou? 

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