La quasi absence de public à Roland Garros transforme les règles du jeu pour la télévision. Et pour les journalistes télé eux-mêmes.

Et Nelson Monfort brisa le son du silence
Et Nelson Monfort brisa le son du silence © AFP / FRANCOIS GUILLOT

Ils ont eu beau nous abreuver de mises en garde sur ce Roland Garros pas comme les autres, eux ont continué de bosser comme avant. Nelson Monfort – qui n’a pas quitté les lieux depuis 1988 – se tenait hier sur une terrasse surplombant le court n°7.

Il était en duplex sur France 2. Il moulinait des bras et meublait le match de sa gouaille plurilingue. Sauf que, nouvelle donne, Roland Garros était quasi vide. Donc, on n’entendait QUE le fameux Nelson. Les joueurs exaspérés ont fini par déposer les raquettes, attendant qu’il la boucle…

John Isner, 23ème joueur mondial, lui a même balancé une balle pour le faire taire ! En 32 années de commentaires sur terre battue, cela ne lui était jamais arrivé. Et pour cause, ces tribunes désertées transforment en profondeur le spectacle sonore du sport. 

Ca vaut pour le tennis aussi, discipline silencieuse par essence car il y a, figurez-vous, silence et silence. 

Les ingénieurs du son font une immense différence entre une foule qui se tait, et pas de foule du tout

Laurent-Eric Le Lay, directeur des sports de France Télévisions, me racontait hier (ce fut d’ailleurs un coup de téléphone d’une poésie tout à fait inattendue) que ses équipes avaient travaillé sur un « son du silence ». Comprenez : un silence plein de murmures, de chuchotements et de toussotements lointains. Un silence habité, charnel, vous voyez, pas un silence minéral. 

Un silence plein de texture, pas un silence ne laissant entendre que du vide. Pour se faire, France Télévisions a fabriqué une bande-son en remontant tous les silences de la finale dames de 2019, et les réinjecte dans ses retransmissions depuis lundi.  

Chaque ingrédient sonore s’avère, par ailleurs, démultiplié par des micros dont la présence est renforcée. L’impact des pas, des balles et des raquettes, le souffle et les gémissements des joueurs dans l’effort. Les maigres applaudissements d’un public réduit ont été amplifiés aussi, quoique le diffuseur se soit refusé à en rajouter de factices. Cela eut créé un décalage son-image.

Le « son du silence » à écouter, à méditer, chaque jour sur la télévision publique. Nelson Monfort a-t-il mesuré ce qu’il avait brisé ?          

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