L'Humanité, fondée par Jean Jaurès il y a plus d'un siècle, monument de l'histoire de la presse française, avait très mal démarré l'année 2019, mais la termine avec un peu d'oxygène.

Journal "L'Humanité"
Journal "L'Humanité" © AFP / Laure Boyer / Hans Lucas

On parle bien du journal. Pour l'espèce humaine, je ne sais pas. L'Humanité, fondée par Jean Jaurès il y a plus d'un siècle, monument de l'histoire de la presse française, avait très mal démarré l'année 2019, mais la termine avec un peu d'oxygène. Le quotidien s'est déclaré en cessation de paiement en janvier, a été placé en redressement judiciaire en février. Au mois de mars, il annonçait un plan d'économie drastique, suppression d'une quarantaine de postes (sur un effectif total de 157 personnes). Il fallut un appel au don massif. Et le dénouement, c'est un grand ouf pour la rédaction : le tribunal de commerce de Bobigny vient de valider le plan de continuation du journal. A noter qu'une bonne partie des dettes ont été gommées par les créanciers eux-mêmes. 

Et maintenant ? Il va falloir faire mieux avec moins. L'ampleur de la tâche est titanesque, pour l'Humanité. Depuis presque vingt ans, ce journal survit grâce à des campagnes de dons et des souscriptions. A chaque fois, le succès est impressionnant. Plus de 4 millions d'euros ont encore été récoltés cette année. Mais à chaque fois, la même question : pourquoi tous ceux qui donnent pour le sauver n'achètent-ils pas ce journal ? L'Huma tire à 33.000 exemplaires seulement, dont  5.000 sont vendus en kiosques.

L'actualité sociale très dense pourrait lui être favorable. L'Humanité n'a plus de lien officiel avec le parti communiste français depuis les années 1990, mais assume fièrement son positionnement à gauche. La marque de fabrique de ce canard, c'est l'incarnation des luttes sociales. Seulement voilà : sur ce terrain, la concurrence est très rude désormais.

Les vidéos du journaliste Rémy Buisine cartonnent sur la page Facebook du média Brut, tout comme celles de Là bas si j'y suis, le site créé par Daniel Mermet, ou celles de Gaspard Glanz, ou celles de RT France. Je pourrais ainsi multiplier les exemples. Le défi de L'Humanité, c'est d'exister face à ces journalistes souvent présentés comme "militants", qui préfèrent se dire "citoyens". 

Dans l'immédiat, le quotidien propose à ses lecteurs d'offrir un abonnement à une personne de leur entourage : l'ambition est de recueillir 1000 adresses de jeunes pour leur faire découvrir le journal en version numérique. Et de faire exister la marque. L'Humanité vient d'échapper au pire, le journal respire encore. Il lui faut désormais un appel d'air.   

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