La mort de Jean-Louis Servan-Schreiber signe la fin d’une époque. Celle des mousquetaires du phénoménal âge d’or de la presse magazine française.

Jean-Louis Servan-Schreiber, un grand nom de la presse magazine
Jean-Louis Servan-Schreiber, un grand nom de la presse magazine © Getty / Micheline PELLETIER/Gamma-Rapho

Émile Servan-Schreiber, le père, fonda un grand quotidien économique, Les Échos. Deux de ses enfants devinrent à leur tour patrons de journaux. L’aîné, Jean-Jacques, décédé en 2006, qui inventa L’Express avec Françoise Giroud. Et le dernier né de la fratrie, Jean-Louis, qui commença par rejoindre son grand frère à L’Express où l’on se montrait résolument antigaulliste, anticolonialiste et atlantiste. On y soutenait Mendès et on rêvait d’Amérique. 

L’Express naquit sous la forme d’un supplément des Échos. On l’a complètement oublié car les deux héritiers Servan-Schreiber s’émancipèrent du père. L’Express devint un « newsmagazine » à part entière, imposant au marché français non seulement le papier glacé (ils furent les premiers), mais également le format du Time yankee ou du Spiegel allemand. Ainsi est née, au mitan des années 60, cette nouvelle famille de presse.  

Jean-Louis allait-il longtemps demeurer dans l’ombre de son ainé ? Non. En 1967, il crée L’Expansion avec Jean Boissonnat, journaliste économique et plume chrétienne respecté. Les rachats successifs de L’Expansion ont bousillé ce titre. On ne sait plus rien aujourd’hui de son influence auprès d’un lectorat de cadres masculins. « Dans les années 70, les hommes d’un certain milieu lisaient tous Lui et L’Expansion, se remémorait en plaisantant un ancien abonné. Le succès de son titre phare permit à Jean-Louis Servan-Schreiber de constituer un petit empire de presse économique autour de L’Expansion. Il s’étend à l’étranger, s’endette, se prend une crise économique en pleine figure et finit par revendre. 

Il rebondit, main dans la main avec son épouse, Perla

Il rachète Psychologies Magazine. Début des années 2000, la réussite est foudroyante, pulvérisant largement les 300 000 exemplaires. Un train d’avance sur la vogue du développement personnel, mais pas seulement. Les stars se précipitent en couverture. Elles ont droit à des interviews longues, intelligentes et ciselées. Le journal multiplie les dossiers fouillés et les angles originaux que la presse féminine reprend ensuite… 

Claude Imbert, l’homme du Point est mort il y a 4 ans, Daniel Filipacchi, celui de Paris Match s’est retiré des affaires, Jean Daniel, l’âme du Nouvel Obs est mort en février dernier, son alter ego, Claude Perdriel met ses revues en ordre avant de tirer sa révérence… La mort de Jean-Louis Servan-Schreiber signe la fin d’une époque. Celle des mousquetaires du phénoménal âge d’or de la presse magazine française.

L'équipe
Contact