"Face à l'info", l'émission présentée par Christine Kelly, sera désormais diffusée en léger différé, suite à une recommandation du comité d'éthique du groupe Canal+.

Eric Zemmour
Eric Zemmour © AFP / Joël Saget

La décision a été prise hier et appliquée le jour-même : "Face à l'info", émission présentée par Christine Kelly avec Eric Zemmour, a été enregistrée en fin de journée pour être diffusée en léger différé. C'était une recommandation du comité d'éthique du groupe Canal Plus : renoncer au direct pour garder la maîtrise des propos tenus. Autrement dit, pouvoir couper au montage les passages qui posent problème. 

Bel effet d'affichage, pour la direction de Canal Plus ! Elle montre ainsi qu'elle réagit, après les nombreuses réactions indignées par les déclarations d'Eric Zemmour, sans que cela ne change rien à l'antenne : l'émission est toujours là, au même horaire que d'habitude, 19h-20h. 175 000 téléspectateurs en moyenne. 

Mais attention, ça change beaucoup de choses sur le plan juridique. Quand des propos qui constituent une infraction sont tenus dans une émission de télévision qui n'est pas en direct, la responsabilité du directeur de la publication est engagée. En direct, non. C'est la loi. 

Or le directeur de la publication de CNews, c'est son patron, Serge Nedjar. Donc oui, la décision de ne plus laisser Zemmour en direct permettra peut-être de couper le pire, mais c'est aussi, en un sens, une prise de risque

Pendant ce temps-là, les signalements au CSA se poursuivent. Le conseil supérieur de l'audiovisuel nous a confirmé hier qu'il recevait tous les jours des plaintes de téléspectateurs concernant Eric Zemmour. Et notamment sur cette séquence de la semaine dernière :

(extrait à venir)   

Entre indignation, colère et nausée, des gens se connectent chaque jour sur le site internet du CSA, à la rubrique "alertez-nous sur un programme", pour dénoncer les propos qu'on vient d'entendre (sur lesquels ils sont tombés, souvent, via les réseaux sociaux). 

"dérapage"

Alors en attendant la prochaine sortie de Zemmour qui fera polémique, j'aimerais m'arrêter sur un mot qui semble bien anodin. Un mot qu'on entend tout le temps dès qu'il est question de cet homme. C'est le mot "dérapage". Une métaphore empruntée à l'univers de la route : quand on dérape, on s'écarte un peu de la trajectoire prévue, on effectue un écart incontrôlé.  Qui peut affirmer que l'itinéraire de Zemmour n'est pas, au contraire, tout à fait balisé, prévu, tracé ? 

Parler des "dérapages" de Zemmour, ce n'est pas neutre du tout, en réalité. Parler de "dérapage", c'est considérer qu'il y a eu une sortie de route, et que le propos en question (qu'il soit raciste, homophobe, ou autre) était un accident. La chaussée était glissante, il a dérapé, ce n'est pas vraiment de sa faute. Oui, ce mot atténue la gravité des propos, voire les excuse. 

Si j'osais, je citerais Albert Camus : 

Mal nommer les choses, c'est ajouter aux malheurs du monde

Mais je vais plutôt filer la métaphore routière : et si on levait le pied sur l'usage de ce mot apparemment anodin ?

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