Alerte rouge pour le groupe de presse France-Antilles qui édite les quotidiens de la Martinique et de la Guadeloupe. Le groupe France-Antilles est en cessation de paiement depuis le 31 mai.

Jacques Hersant en 1983
Jacques Hersant en 1983 © Getty / Jacques Pavlovsky

Il pourrait être mis en liquidation judiciaire fin octobre. Ses dirigeants appelaient ce week-end à « la mobilisation des capitaux publics et privés ». Il y a 282 emplois à sauver, mais surtout : la Martinique et la Guadeloupe vont-ils devenir les premiers départements privés de quotidiens régionaux ? La fin annoncée du précieux maillage français. Il n’y a pas encore de désert de presse dans l’Hexagone. Ainsi, la disparition de ces journaux serait-elle lourde de symboles et de conséquences. 

En outre, avec ces titres, se solderait une autre histoire, celle d’un empire de presse qui brassa l’influence politique et l’argent des décennies durant, le groupe Hersant. En apercevoir les derniers soubresauts à l’heure où meurt Jacques Chirac, quelle ironie : la destinée Hersant et celle de la droite française sont indissociables. Je vous raconte… 

1964, visite du Général de Gaulle à la Martinique

Premier numéro de France-Antilles, 4 pages, pour relater l’événement. Création de France-Guadeloupe l’année suivante. L’Etat finance une première imprimerie à Fort-de-France. Le gouvernement encourage l’essor d’une presse d’Outre-mer favorable à la métropole. Rappelons que Michel Debré, fidèle du Général, est lui-même député de la Réunion. 

1973, rachat de ces journaux par Robert Hersant qui s’offre Le Figaro à la même époque ainsi que d’une foultitude de publications régionales. Ce magnat conservateur, condamné pour collaboration pendant la guerre, occupe une position à ce point hégémonique dans la presse française qu’il est surnommé le « papivore » et qu’une loi est votée sous Mitterrand pour entraver son expansion. 

1985. L’empire Hersant est divisé en deux pour contourner cette nouvelle loi sur la concentration de la presse. Et c’est France-Antilles qu’on sépare du groupe.  

2006. Les héritiers Hersant ont revendu Le Figaro mais les publications d’Outre-mer s’avèrent encore sous la coupe de Philippe Hersant, le fils cadet qui multiplie les mauvais choix et les erreurs de gestion. France-Antilles Martinique et France-Antilles Guadeloupe, exsangues, ont fini, il y a quelques années placés en redressement. Or, qui en fut repreneur ? Surprise ! Une petite fille Hersant, que nul n’avait vue venir. Elle s’appelle Aude Jacques-Ruettard. 

Un demi-siècle, donc, qu’à Pointe-à-Pitre et Fort de France, un Hersant en cache toujours un autre. Qui écrira maintenant la suite de l’histoire ? Si suite, il y a.   

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